9 février 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnew.net

L’heure n’est plus aux euphémismes, mais au constat brutal d’une faillite systémique. Alors que le Maroc s’engloutit sous les eaux d’inondations exceptionnelles

– plus de 150 000 personnes évacuées dans le nord-ouest, des villes comme Ksar el-Kébir et Sidi Kacem submergées, des terres agricoles ravagées –, le pays mesure avec effroi l’ampleur du vide au sommet de l’État et la surdité d’un gouvernement obsédé par la sauvegarde de ses privilèges.

Le deuil abandonné : l’indécence du silence
Le contraste est violent et insoutenable. Pendant la pandémie de COVID, le système saturait l’espace médiatique, mettant en scène le roi jusque dans son geste de vaccination. Aujourd’hui, face à des inondations qui déplacent des villages entiers, noient des campagnes et isolent des populations, le silence est assourdissant. Pas un discours officiel, pas un message de condoléances institutionnel, pas même un simple hommage aux familles sinistrées ou aux secouristes en première ligne. Ce mépris apparent pour la souffrance collective est un scandale sans précédent dans l’histoire récente du pays.

Une justice pour les nantis : le bras de fer des avocats
Au cœur de ce chaos climatique, un autre front de résistance persiste avec force. Depuis plus d’un mois, les avocats observent une grève ouverte et massive – après des phases perlées depuis fin 2025 –

pour bloquer un projet de loi scélérat porté par le gouvernement d’Aziz Akhannouch et le ministère de la Justice. Ce texte vise à imposer une justice à deux vitesses : accessible, protectrice et permissive pour les puissants, les corrompus et les élites ; verrouillée, coûteuse et inatteignable pour les citoyens modestes. Malgré la paralysie quasi-totale des tribunaux, le pouvoir refuse tout recul, confirmant que sa priorité n’est pas l’équité ni l’accès à la justice, mais la préservation d’un système de castes et de privilèges.

Une absence aux allures de crise de régime


La question hante désormais toutes les consciences : où est le roi ? Son absence prolongée n’est plus une rumeur diffuse, c’est un fait politique majeur qui paralyse la nation :

  • Démission régalienne : absent pour remettre la coupe de la CAN 2025 au Maroc, absent pour des inaugurations stratégiques majeures (usines de drones, chars, etc.).
  • Abandon des troupes et des sauveteurs : aucun mot, aucun déplacement visible pour saluer les soldats des FAR, les auxiliaires, les agents de la Protection civile et les volontaires qui portent seuls, sur le terrain, le poids du désastre humanitaire.
  • Blocage constitutionnel : ni acceptation formelle de la « démission » d’Akhannouch, ni agrément d’un successeur ; même le prince héritier reste invisible dans cette période critique.

Le chaos ou la réaction salvatrice
Ce qui se joue dépasse la simple gestion de crise : c’est une manœuvre anticonstitutionnelle et antidémocratique dans l’ombre d’un trône vacant. On exploite le chaos climatique, l’asphyxie de la justice et l’absence de direction pour verrouiller durablement le pays entre les mains d’une élite engluée dans les conflits d’intérêts et les privilèges indus.

Laisser le Maroc sans cap, sans empathie visible et sans cadre légal clair est une invitation ouverte au désordre et à l’effondrement. Nos citoyens s’engloutissent, au sens propre dans les eaux dévastatrices du nord-ouest, et au sens figuré sous le poids écrasant de l’injustice et de l’abandon. Une réaction salvatrice, urgente et à la hauteur de la gravité du moment est la seule issue pour éviter le pire.

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