21 janvier 2026

Par notre bénévole Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnew.net

Par une rhétorique aussi brutale qu’imparable, Donald Trump vient de siffler la fin de la récréation onusienne. Son nouveau jouet ? Un « Conseil de Paix » où le droit international s’efface devant le droit du plus offrant. Entre ticket d’entrée à un milliard de dollars et souveraineté bradée, analyse d’un séisme diplomatique où le Maroc a déjà choisi son camp.

​C’est un texte qui se lit comme un contrat de franchise, mais il s’agit pourtant de l’avenir de la géopolitique mondiale. La « charte » du Conseil de Paix (ou Board of Peace), dont les détails fuitent et glacent le sang des diplomates de carrière, est un chef-d’œuvre de cynisme transactionnel. Trump ne veut plus réformer l’ONU ; il veut la racheter pour mieux la liquider.

​La règle des trois : L’efficacité au mépris du droit

​Là où les institutions internationales s’embourbent dans des décennies de ratifications, la charte de Trump est d’une simplicité désarmante : il suffit de trois États signataires pour que l’entité entre en vigueur. Trois. Un chiffre qui balaie d’un revers de main le principe de représentativité globale pour instaurer une sorte de « comité d’action » expéditif. Le message est clair : la légitimité ne vient plus du nombre, mais de la rapidité d’exécution et de la proximité avec Washington.

​Un milliard pour « être quelqu’un »

​Le paroxysme de l’absurde — ou du réalisme le plus crasse — réside dans le prix de l’influence. Vous voulez un siège permanent et échapper à la limite des mandats de trois ans ? Sortez les carnets de chèques. Le tarif est affiché : un milliard de dollars en espèces (cash). Pour cette somme, vous n’achetez pas seulement un siège, mais la garantie d’une permanence dans un club où les décisions, bien que votées par les membres, restent soumises au veto final du Président-Fondateur, Donald Trump lui-même. C’est la démocratie actionnariale appliquée à la guerre et à la paix.

​Le pari de Rabat : Audace diplomatique ou gouffre budgétaire ?

​Dans ce jeu de poker menteur à l’échelle planétaire, le Maroc ne regarde pas passer les trains. Le Roi Mohammed VI (que Dieu L’assiste) a officiellement accepté l’invitation à faire du Royaume un membre fondateur. Mais ce « pari de Rabat » soulève des questions économiques vertigineuses au moment où le Haut-Commissariat au Plan (HCP) prévoit une croissance de 4,2% pour le premier trimestre 2026.

​Engager un milliard de dollars (environ 10 milliards de dirhams) est une manœuvre de haute voltige budgétaire. Alors que le déficit commercial menace de se creuser à 21,1% du PIB cette année, cette dépense équivaut à une ponction massive sur nos réserves de change. Pourtant, le calcul est froidement pragmatique :

  • Sanctuarisation diplomatique : Verrouiller définitivement le soutien américain sur le dossier du Sahara.
  • Bouclier commercial : Acheter une « assurance » contre les taxes douanières de 10% que Trump menace d’imposer à tous les pays non-partenaires, ce qui dévasterait nos exportations automobiles et textiles.
  • Dividendes sécuritaires : Se positionner comme le pivot logistique et politique de la reconstruction de Gaza et de la sécurité régionale.

​C’est un investissement à haut risque : payer un milliard aujourd’hui pour éviter de perdre des dizaines de milliards demain en sanctions commerciales ou en recul diplomatique.

​Une ONU « à sa main »

​Ce Conseil, initialement vendu pour régler le sort de Gaza, affiche désormais des ambitions sans limites. Trump y invite ses alliés — de Milei à Orban, en passant par le Maroc — et provoque les « récalcitrants » comme la France à coup de menaces tarifaires. C’est un monde où la paix n’est plus un idéal à atteindre, mais un produit structuré à gérer, dont le prix de réserve est fixé par un seul homme.

Question cruciale : Que restera-t-il des Nations Unies demain, face à un Conseil qui dispose des moyens financiers de ses ambitions et de l’absence totale de scrupules de son chef ? Le Maroc a payé sa place à la table des maîtres. Reste à savoir si, à ce prix-là, le menu sera à la hauteur de l’addition.

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