12 mars 2026

​Par Lhoucine BENLAIL, vice-président de diplomaticnews.net

​Alors que les discours officiels ne cessent de tresser des louanges aux « Marocains du monde », piliers de la souveraineté nationale, une séquence vient de briser le vernis de cette communication mal huilée. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, s’est fendu de déclarations dont la morgue n’a d’égale que la maladresse. En s’adressant de manière dédaigneuse à des MRE venus investir, avec un cinglant : « Tu es rentré chez toi, et alors ? C’est ton pays ! Est-ce que je dois te remercier ? » , le ministre a dévoilé un angle mort inquiétant de la pensée gouvernementale.​

La rhétorique du mépris : un contre-sens stratégique​

Comment un responsable de ce rang peut-il ignorer que l’acte d’investir au Maroc pour un expatrié n’est pas un simple « dû », mais un choix de cœur doublé d’un risque économique ? Dire « et alors ? » à ceux qui apportent capitaux et expertise est une insulte à la Vision Royale qui appelle à sacraliser cette contribution. Ce mépris technocratique traite le MRE comme une simple source de devises, oubliant qu’il est un partenaire stratégique.​

L’exemple Mahinur Özdemir : Quand la Turquie honore là où le Maroc dénigre​

Faut-il rappeler à nos responsables que d’autres nations ont compris depuis longtemps la valeur de leur diaspora ? L’exemple de Mahinur Özdemir Göktaş est une leçon cinglante. Ancienne députée en Belgique, mise à l’écart par la classe politique européenne, elle a été immédiatement reconnue par Ankara qui l’a nommée ambassadrice en Algérie avant d’en faire une ministre de plein exercice.​

La Turquie ne se contente pas de solliciter les portefeuilles de ses ressortissants ; elle leur offre une destinée nationale, une protection et une intégration réelle dans l’appareil d’État. Chez les Turcs, le ressortissant de l’étranger est une force que l’on promeut ; chez Mezzour, il semble n’être qu’un importun à qui l’on rappelle ses devoirs sans jamais lui reconnaître ses mérites.​

​Le CCME : Un cadavre institutionnel au service du néant

Ce dérapage ministériel n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’absence totale de contre-pouvoir institutionnel pour les MRE. Le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger (CCME) est aujourd’hui une coquille vide.

​Soyons clairs : bien avant que l’affaire Abdellah Boussouf ne vienne achever sa réputation par ses déboires judiciaires, le Conseil avait déjà échoué. Depuis sa création, cette institution n’a jamais rempli ses prérogatives constitutionnelles ni traduit les Hautes Orientations Royales en politiques publiques tangibles. Entre immobilisme chronique et déconnexion totale des réalités, le CCME est devenu un cimetière de rapports sans suite, incapable de protéger les MRE contre l’arrogance d’un ministre ou les dérives d’une gestion opaque.​

Un vide béant : Des citoyens de seconde zone ?

​La question est désormais brutale : Est-ce ce genre de profil ministériel, capable de moquer l’engagement patriotique, qui va prospérer sur les cendres d’un CCME décapité et inopérant ? Si le gouvernement laisse des ministres dénigrer les investisseurs alors même que les structures de représentation sont en plein naufrage judiciaire, le message envoyé est clair : les MRE sont priés de payer, mais leur dignité est facultative.

​Conclusion : La fin de l’imposture

​Le Maroc ne peut plus se payer le luxe de cette arrogance. L’honnêteté intellectuelle oblige à dire que sans une refonte radicale — qui passe par l’éviction de ceux qui méprisent et le remplacement d’institutions qui ont failli à leur mission royale — le « retour au pays » restera une désillusion amère. Les MRE ne demandent pas de charité, monsieur le Ministre, ils exigent le respect et une gouvernance à la hauteur de leur sacrifice.

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