8 January 2026

Par nnotre Bénévole Lhoucine BENLAIL Directeur général diplomaticnews.net

Dans une déclaration ferme, le ministre marocain de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a affirmé que quiconque a volé ne serait-ce qu’un dirham ou usurpé une terre sera sévèrement jugé, peu importe son rang ou sa position. Ce message marque un tournant : l’impunité ne sera plus tolérée. Pourtant, ce soulagement reste mitigé. Si les mots sont forts, l’histoire nous enseigne que les promesses de justice ne valent que par leur mise en œuvre. Et c’est précisément là que le bât blesse : entre l’annonce tonitruante et l’application concrète, le fossé a trop souvent été abyssal.

Trop longtemps, les citoyens ont perdu confiance dans les institutions, face à la corruption et au manque de transparence. Des affaires impliquant des figures de premier plan

à commencer par des noms comme Al Mansouri, Bourita, Wahbi, Akhannouch et leurs consorts – ont alimenté un sentiment d’injustice profonde. Ces responsables, placés aux plus hautes sphères du pouvoir, ont été accusés, parfois publiquement, de détournements, d’abus de biens sociaux ou d’accaparement illégal de terres. Aujourd’hui, la déclaration du ministre semble ouvrir la porte à une reddition des comptes sans exception. Mais sera-t-elle suivie d’effets ? Les récentes actions au niveau local offrent un aperçu encourageant, mais limité. En 2025, pas moins de 300 élus locaux ont fait l’objet de poursuites judiciaires pour crimes financiers, un record sous l’égide de Laftit, contre 137 en 2024. Parmi eux, 52 maires en exercice, 57 vice-maires, 69 anciens maires et 124 conseillers communaux. De plus, 216 demandes de révocation ont été examinées, menant à la destitution de 63 membres de conseils communaux – dont 20 maires et 36 vice-maires – et à la dissolution de huit conseils communaux pour mauvaise gestion. Cinquante missions d’audit ont également été menées d’ici septembre 2025, impliquant des inspections conjointes pour traquer les fraudes et les malversations.

Sanctionner les corrompus, c’est rétablir la confiance du peuple, redonner de la légitimité aux institutions et montrer au monde que le Maroc avance. Cela signifie que les hauts fonctionnaires, les responsables politiques et tous ceux qui ont abusé de leur pouvoir devront répondre de leurs actes, sans passe-droit ni protection hiérarchique. Les transgresseurs, où qu’ils se trouvent dans la pyramide du pouvoir, doivent être traduits en justice avec la même rigueur que le citoyen lambda. C’est une question de principe : la loi ne peut être à géométrie variable. Comme le rappelle le Prophète ﷺ dans un hadith authentique : « Ceux d’avant vous ont péri parce que, lorsqu’un notable volait, on le laissait impuni, mais lorsqu’un faible volait, on appliquait la peine. Par Celui qui détient mon âme, si Fatima, fille de Mohammed, volait, je lui couperais la main. » Ces efforts au niveau local, coordonnés par le ministère de l’Intérieur avec les autorités judiciaires, soulignent une volonté de moralisation et de transparence dans la vie publique. Comme le note une source médiatique, « Sous l’égide du ministère de Laftit, cette action a atteint un niveau inédit en matière de mise en cause d’élus ».

Ce combat contre l’impunité n’est pas seulement une affaire interne. Il concerne aussi les Marocains du monde, ces millions de citoyens qui observent leur pays avec espoir et exigence. Ils attendent que l’État protège les valeurs de justice et d’intégrité, qu’il punisse ceux qui ont pillé les ressources publiques ou spolié les plus vulnérables. Une justice sélective serait une trahison. Une justice effective, en revanche, serait un signal fort : le Maroc tourne la page de l’arbitraire.

Reste l’attente. Les déclarations officielles ne manquent pas dans l’histoire récente du Royaume. Ce qui manque, ce sont les condamnations exemplaires, les biens saisis rendus à l’État, les responsables déchus de leurs fonctions. Tant que les Al Mansouri, Bourita, Wahbi, Akhannouch et leurs semblables ne seront pas convoqués devant les tribunaux, le doute persistera. La vraie rupture ne viendra pas des discours, mais des actes. Et c’est là que le peuple jugera. Si les poursuites contre les élus locaux marquent un pas en avant, elles doivent s’étendre au sommet pour que la confiance soit pleinement restaurée.

Par : Benlail Lhoucine
Analyste politique, chercheur en affaires migratoires,
Vice-président de l’organisation « Non à l’injustice » en Europe.

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