
Par notre bénévole Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnew.net
Le Maroc assiste, entre stupeur et lassitude, à une nouvelle scène de ce théâtre d’ombres qu’est devenu le pouvoir chérifien. Alors que le Peuple, ce corps vivant et vibrant, cherche du regard son guide, on ne lui offre en pâture que des pixels et des communiqués hors sol. Le dernier en date ? Un tweet « urgent », nous dit-on, expédié au nom du roi Mohammed VI, pour commenter un événement déjà fossilisé par huit jours de silence.
Comment un pouvoir qui se veut « sacré » peut-il tomber dans un tel anachronisme numérique ? Envoyer une réaction avec une semaine de retard, c’est avouer soit une déconnexion totale avec le temps réel, soit une panique bureaucratique incapable de simuler la présence là où règne le vide.
Le Spectre et son Dauphin
Où est le Roi ? Où est le Prince ? La question n’est plus une indiscrétion de couloir, elle est un cri populaire. Le trône est resté désespérément nu lors d’événements majeurs où l’incarnation physique de la monarchie était attendue. Si le Prince Héritier Moulay El Hassan fait parfois des apparitions sporadiques, son effacement récent aux côtés de son père soulève un vent d’inquiétude que les démentis laconiques ou le silence pesant ne suffisent plus à calmer.
L’histoire nous enseigne que lorsqu’un monarque s’efface, le « Makhzen » se transforme en une machine à produire de la fiction. On écrit pour le Roi, on signe pour le Roi, on tweete pour le Roi. Mais n’importe quel scribe peut aligner des caractères sur un écran. Le Peuple, lui, n’est pas sujet d’un algorithme ; il est le témoin d’une incarnation. Il veut voir le regard, entendre le souffle, sentir la présence physique de celui qui préside à ses destinées.
Les questions qui brûlent les lèvres
Face à ce mutisme de marbre, l’élégance de la fonction ne doit pas interdire la virulence de l’interrogation :
- Qui tient réellement la plume ? Si un tweet « urgent » sort avec huit jours de retard, qui valide la communication royale ? Est-ce le signe d’une lutte d’influence interne où chaque mot est pesé par des mains obscures avant d’être lâché au public ?
- L’absence est-elle devenue le mode de gouvernance ? Peut-on diriger une nation aux défis géopolitiques colossaux par l’intermédiaire de réactions virtuelles différées ?
- Le Peuple est-il condamné à l’incertitude ? N’importe qui peut aujourd’hui usurper une signature numérique, mais personne ne peut remplacer la présence d’un chef. Jusqu’à quand le Maroc sera-t-il gouverné par des fantômes numériques ?
Le silence du Palais n’est plus de l’ordre de la discrétion souveraine ; il ressemble à une abdication visuelle. À force de vouloir préserver l’image d’un Roi immuable, on finit par créer l’image d’un Roi imaginaire. Le Maroc mérite mieux qu’une présence numérique de seconde main. Un peuple qui ne voit plus son Roi finit par ne plus croire en l’autorité de l’État.
Messieurs de la Cour, rangez vos téléphones. Le Peuple ne veut pas de vos tweets ; il exige de voir l’homme. Car derrière le tweet « urgent » et l’événement dépassé, c’est la réalité même du pouvoir qui semble s’évaporer.