27 février 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net


​En ce début d’année 2026, la gestion du culte musulman en Belgique reste au cœur de vives tensions politiques. Alors que l’État fédéral tente d’instaurer un « Islam de Belgique » autonome, la réalité du terrain montre une persistance, voire un renforcement, de la diplomatie religieuse étrangère, particulièrement celle du Royaume du Maroc.

​1. La « Diplomatie du Ramadan » : Un Soft Power Assumé


​Chaque année, à l’approche du mois du Ramadan, le Maroc déploie des missions religieuses d’envergure. En février 2026, des dizaines d’imams, de prédicateurs et de morchidates ont de nouveau été envoyés depuis Rabat pour officier dans les mosquées belges.
​Si l’objectif affiché par la Fondation Hassan II est de « répondre aux besoins spirituels des Marocains résidant à l’étranger » et de promouvoir un islam du « juste milieu », cette pratique pose la question de la souveraineté religieuse. Ces envoyés, formés et rémunérés par un État étranger, véhiculent inévitablement une vision de l’islam alignée sur les intérêts monarchiques et nationaux marocains.

​2. L’Imbroglio Institutionnel : Le Blocage de l’Exécutif


​Le paysage institutionnel est marqué par une crise profonde. L’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB), longtemps considéré par le ministère de la Justice comme trop perméable aux influences de Rabat et d’Ankara, a vu son statut d’interlocuteur officiel fragilisé.
​Le reproche : Une structure de direction figée où les responsables de mosquées sont souvent choisis sur des critères ethniques ou de fidélité au pays d’origine plutôt que sur leur ancrage dans la société civile belge.
​La conséquence : Un gel des reconnaissances de mosquées et une méfiance accrue des services de renseignement (Sûreté de l’État), qui alertent régulièrement sur des tentatives d’ingérence au sein même des grandes institutions, comme ce fut le cas pour la Grande Mosquée du Cinquantenaire.

​3. Les Dérives Potentielles : Un Risque de Rupture


​L’omniprésence du consulat et des autorités marocaines dans la sélection des imams et l’organisation d’activités (telles que des Iftars officiels « triés sur le volet ») comporte plusieurs risques :
​L’Instrumentation Politique : Utiliser le cadre sacré de la mosquée ou de la rupture du jeûne pour relayer des agendas politiques étrangers.
​Le Déficit d’Intégration : En maintenant les fidèles dans un lien de dépendance spirituelle avec le pays d’origine, on freine l’émergence d’imams nés en Belgique, comprenant les réalités et les défis des jeunes générations locales.
​La Surveillance Communautaire : Le risque de voir les lieux de culte se transformer en espaces de contrôle social où toute voix dissidente par rapport à la ligne officielle du pays d’origine est marginalisée.

​Conclusion : Vers un Islam Indépendant ?


​Le défi pour la Belgique reste immense : comment garantir la liberté de culte tout en protégeant les mosquées des ingérences étrangères ? La solution semble passer par une formation académique locale des imams et un financement transparent, capable de rompre le lien de dépendance avec les chancelleries étrangères. Sans une réforme structurelle courageuse, le mois du Ramadan restera, année après année, le théâtre d’une influence politique qui dépasse largement le cadre de la foi.
​La Belgique veut reprendre le contrôle de sa Grande mosquée
​Ce reportage explique les raisons historiques et sécuritaires qui poussent les autorités belges à vouloir limiter l’influence étrangère sur les lieux de culte majeurs du pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *