
par notre bénévole Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net
Le silence a parfois l’odeur de la complicité. Dans les couloirs feutrés de l’ambassade d’Espagne à Rabat, le mutisme n’est plus une simple réserve diplomatique : il est devenu une arme de trahison. Comment un État qui se prétend progressiste, champion des droits humains et protecteur de ses ressortissants, peut-il, avec une telle froideur, tourner le dos à l’un des siens ?
L’affaire Mohamed Ziane : un déni d’identité
Mohamed Ziane n’est pas un étranger pour la Couronne espagnole. Né à Málaga en 1943, fils d’une mère espagnole, il est citoyen espagnol de plein droit par le sang et par la loi. Pourtant, face aux persécutions systématiques qu’il endure depuis des années, face à cette « structure secrète » qui tient le Maroc d’une main de fer, Madrid reste muré dans un silence sépulcral.
Les courriers de sa famille ? Ignorés.
Les preuves de sa nationalité espagnole ? Classées sans suite.
Le consulat, censé être le dernier refuge du citoyen en terre étrangère, s’est mué en forteresse d’indifférence.
Appel urgent de la famille espagnole
La famille espagnole de Mohamed Ziane, dont la mère est espagnole, interpelle désormais publiquement le gouvernement de Madrid pour une intervention immédiate afin de protéger sa vie. Incarcéré au Maroc, Ziane est en grève de la faim depuis dix jours, et son état de santé se dégrade rapidement. Sa sœur, Angelis Andrés, résidant en Espagne, a déclaré : « Nous craignons qu’il perde la vie à tout moment » et ajoute que la famille vit dans un « désespoir et une peur réels » face à la perspective de sa mort.
La famille considère cette détention comme une « cible claire » en représailles à ses critiques publiques contre le pouvoir. Elle exige :
- Une intervention immédiate pour obtenir sa libération.
- Une protection consulaire directe pour permettre des visites sans risque de représailles.
- Un traitement humain et le droit à la vie, sans privilèges politiques ou juridiques supplémentaires.
- L’inscription officielle de l’affaire lors des réunions entre Madrid et Rabat avant qu’il ne soit trop tard.

Angelis Andrés précise : « Nous ne savons pas à qui nous adresser. Nous demandons au gouvernement espagnol d’assumer ses responsabilités envers la mère espagnole de notre frère » et conclut : « Nous ne demandons pas de privilèges, seulement une protection humanitaire pour notre frère qui risque de mourir à tout moment ».
La rhétorique du double standard
Où est la cohérence du gouvernement Sánchez ? On nous sert à longueur de discours une Espagne fer de lance des droits des femmes, des libertés civiles et de la dignité humaine. Mais quelle est la valeur de ces proclamations quand on regarde la réalité sur le terrain marocain ?
Exemple criant : lorsqu’un crime de viol atroce est commis par un Espagnol contre une Espagnole sur le sol marocain, l’appareil diplomatique reste de marbre. La justice madrilène finit par condamner l’auteur, mais le politique, lui, s’écrase. Pourquoi cette peur panique ? Pourquoi cette paralysie dès qu’il s’agit de hausser le ton face à Rabat ?
Questions qui fâchent
Il est temps de poser les questions qui brûlent, celles qui arrachent le voile de la neutralité de façade :
- La nationalité espagnole est-elle à géométrie variable ? Un citoyen né à Málaga perd-il automatiquement sa protection consulaire dès que son dossier devient politiquement encombrant pour le Palais royal ?
- Le prix de la stabilité migratoire, de la coopération sécuritaire et du contrôle des flux est-il le sacrifice de l’honneur national ?
- Madrid a-t-elle vendu la peau de ses ressortissants pour acheter une paix précaire avec son voisin du Sud ?
- Où est passée l’éthique de la connaissance ? Si la vraie connaissance est une naissance intérieure, alors l’Espagne semble être née morte à sa propre responsabilité morale.

Conclusion : l’urgence d’une conscience qui se réveille
On ne peut pas éternellement masquer la vérité derrière des sourires protocolaires lors des sommets bilatéraux. Le calvaire de Mohamed Ziane est le miroir grossissant d’une Europe qui renonce à ses valeurs dès que le calcul comptable l’exige. Avec cet appel désespéré de sa famille espagnole, qui met en avant ses origines pour exiger une protection légitime, le silence de Madrid devient encore plus assourdissant. La famille conditionne toute visite au Maroc à une garantie consulaire formelle, craignant des pressions ou des représailles.
Si le gouvernement de Pedro Sánchez persiste dans ce mutisme complice, il ne sera plus un simple observateur passif : il deviendra l’architecte d’une injustice qui restera gravée dans l’histoire des relations hispano-marocaines. La science est sur le papier, mais la connaissance du déshonneur, elle, s’inscrit dans les consciences.
Il est temps que l’Espagne choisisse : ses citoyens ou ses accommodements.