
Par ALY BAKKALI TAHIRI Rédacteur en chef diplomaticnews.net
Entre lobbies sionistes, doctrine Brzezinski et défaite asymétrique : pourquoi rien n’a changé à Washington depuis 1945.
On nous a vendu un séisme, une rupture historique. On nous a promis le démantèlement de l’État profond (« Drain the Swamp »), la fin des guerres perpétuelles et un retour à l’isolationnisme salvateur. Pourtant, derrière le spectacle des tweets et la rhétorique du « America First », la réalité froide de la géopolitique raconte une tout autre histoire. De 1945 à aujourd’hui, de Truman à Trump, la machine impériale américaine n’a pas dévié d’un iota. Donald Trump n’a pas été le disrupteur du système ; il en a été l’accélérateur bruyant, avant de s’écraser contre le mur de la réalité asymétrique iranienne..
L’élève appliqué du « Grand Échiquier »
Loin d’être un électron libre, Donald Trump a suivi pas à pas la « bible » de la stratégie américaine : Le Grand Échiquier de Zbigniew Brzezinski. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’objectif de Washington est immuable : empêcher l’émergence de toute puissance capable de contester l’hégémonie américaine en Eurasie.
Qu’il s’agisse de renforcer les bases en Pologne, d’armer l’Ukraine ou de pivoter vers l’Asie pour encercler la Chine, Trump a agi en gardien scrupuleux des intérêts de l’Empire, maintenant ses « vassaux » européens sous dépendance sécuritaire absolue tout en verrouillant les verrous stratégiques du globe.I. Sous la coupe des lobbies : L’AIPAC et le Complexe Militaro-IndustrielComment croire à la lutte contre l’Establishment quand les budgets du Pentagone ont atteint des sommets historiques sous son mandat ? Trump a gavé l’industrie de l’armement comme jamais. Mais le verrouillage le plus flagrant reste celui de l’AIPAC. En transférant l’ambassade à Jérusalem et en orchestrant les Accords d’Abraham, il a prouvé qu’un président américain reste l’exécutant fidèle des intérêts sionistes au Proche-Orient. Ce n’était pas de la diplomatie, c’était la mise en œuvre d’un agenda dicté par les structures de pouvoir permanent qui financent l’ascension vers la Maison-Blanche.II. Le mythe du « Piège » contre la réalité du soutien militaireUne ineptie circule parmi les partisans les plus zélés : Trump aurait poussé Israël à attaquer l’Iran pour lui tendre un « piège » et détruire l’entité sioniste de l’intérieur. Cette théorie ne résiste pas une seconde à l’analyse logistique. On ne piège pas un allié en lui livrant par pont aérien des milliers de tonnes de bombes et des munitions de précision pour perpétrer un génocide à Gaza ou dévaster le Liban. Sans le soutien total, financier et matériel de l’administration Trump, l’armée israélienne serait incapable de mener ses offensives. Trump n’a pas tendu de piège ; il a fourni le marteau, espérant que l’enclume iranienne céderait.V. L’Iran : Le caillou dans la chaussure de l’EmpireLes Trumpistes aiment le présenter comme un maître de L’Art de la Guerre de Sun Tzu. Mais la stratégie, c’est la victoire réelle, pas la gesticulation. En désignant l’Iran comme l’ennemi public numéro un, il s’est heurté à une puissance millénaire, experte en échecs et en patience.L’Iran a opposé à la force brute une asymétrie dévastatrice.
Quand les fleurons de la technologie — les porte-avions Gerald Ford ou Abraham Lincoln — doivent rebrousser chemin face aux missiles et drones iraniens, c’est le mythe de la supériorité militaire de 1945 qui s’effondre. L’Arabie Saoudite elle-même ne s’y trompe pas en gelant ses contrats de F-35 : elle a vu que le bouclier américain est désormais percé.
V. Le Paradoxe du Cessez-le-feu : Le mensonge comme ultime recours
Le spectacle a atteint son paroxysme lorsque, en l’espace d’un mois, Donald Trump a affirmé plus de douze fois avoir « tout gagné », prétendant que les capacités militaires iraniennes étaient anéanties. Pourtant, dans le même temps, il quémandait un cessez-le-feu de 48 heures.Dans l’histoire militaire, celui qui demande la trêve n’est jamais le vainqueur ; c’est celui qui cherche désespérément à sauver ses meubles face à un adversaire véridique et déterminé. Les Iraniens, conscients de leur force, n’ont jamais demandé de répit. Trump a reculé parce que l’asymétrie iranienne a rendu le coût d’une guerre totale insupportable pour l’économie et le prestige américain.
Conclusion : Un Empire à nu
En fin de compte, Donald Trump n’a rien changé à la trajectoire impériale entamée en 1945. Il a servi les mêmes maîtres, financé les mêmes lobbies et poursuivi les mêmes chimères de domination. Sa seule contribution aura été de révéler, par son échec face à la clairvoyance iranienne, que la superpuissance américaine est devenue un géant aux pieds d’argile, condamné au mensonge médiatique pour masquer son déclin stratégique irréversible.
Une preuve de plus que la stratégie de Trump est identique que de ses prédécesseurs!
