
Par ALY BAKKALI TAHIRI Rédacteur en chef diplomaticnews.net
Exhiber un bipeur à la tribune des Nations unies comme un trophée de guerre relève d’une ironie tragique. Devant l’assemblée des nations, le Premier ministre israélien a voulu vendre l’image d’une victoire technologique et d’une frappe chirurgicale. La réalité est tout autre : cette mise en scène marque l’effondrement définitif des normes fondamentales du droit international et de la responsabilité militaire.Il n’y a aucun « coup de maître » ni aucun « exploit technologique » à intercepter une chaîne d’approvisionnement pour y glisser quelques grammes d’explosif et un détonateur à distance. Ce prétendu génie opérationnel relève du sabotage le plus rudimentaire, mais surtout de la lâcheté stratégique. Cette méthode équivaut rigoureusement à verser du poison dans le réseau d’eau potable d’une ville sous prétexte d’y neutraliser des adversaires. Dans les deux cas, une fois le produit ou le signal libéré, l’attaquant perd tout contrôle sur la chaîne mortelle qu’il déclenche.
Au moment d’envoyer la détonation, l’opérateur ignorait totalement qui tenait l’appareil : un combattant, un médecin en pleine intervention chirurgicale, une infirmière, ou un enfant à la maison. L’assassinat de la petite Fatima Abdallah, âgée de 9 ans, et les milliers de mutilations oculaires subies par des civils ne sont pas de simples « dégâts collatéraux » ; elles sont le résultat mécanique et inévitable d’une attaque aveugle, conduite au mépris le plus total du principe de distinction prescrit par le droit international humanitaire.Cette opération met également en lumière une géométrie variable de l’indignation qui emporte le peu de crédibilité qu’il restait aux chancelleries occidentales. Quiconque observe la scène internationale sait pertinemment que si l’Iran ou un autre État désigné comme ennemi avait piégé massivement des objets du quotidien pour faire exploser des marchés ou des foyers en Occident ou en Israël, la diplomatie occidentale aurait immédiatement qualifié cet acte de terrorisme d’État le plus abject. Les dirigeants auraient hurlé à la barbarie, convoqué en urgence le Conseil de sécurité et exigé des sanctions dévastatrices. Dès lors que l’acte est commis par un allié, la rhétorique officielle préfère parler d’« innovation » et d’« audace tactique ».En transformant des outils de communication civils en vecteurs d’explosion indifférenciés, un dangereux précédent est posé pour la sécurité mondiale. Qu’un dirigeant génocidaire visé par des demandes de mandats d’arrêt internationaux devant la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre vienne célébrer cette méthode devant le monde — fort du soutien inconditionnel du Congrès américain — achève de démasquer l’impuissance des institutions. Quand le piégeage aveugle remplace la règle et que l’alignement géopolitique dicte la morale, la communauté internationale ne contemple pas une victoire, mais le basculement de l’ordre mondial dans la loi de la jungle.