6 octobre 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe

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​Alors que la propagande d’État continue de marteler l’échéance de 2030 comme le salut suprême de la nation, la réalité quotidienne du peuple marocain s’écrit dans la précarité, la répression et le mépris social. Entre l’asphyxie programmée des services publics et la dérive autocratique des institutions, un gouffre d’injustice se creuse profondément au cœur du pays.

​L’impuissance et la déconnection du pouvoir se révèlent dans des budgets disproportionnés. Engager plus de 14,5 milliards de dirhams dans la rénovation et la construction de stades pharaoniques relève d’une cécité politique absolue. Comment ose-t-on dilapider des centaines de millions de dirhams dans des chantiers annexes — à l’image des 600 millions engloutis dans le parking souterrain du Complexe Prince Moulay Abdellah — pendant que les urgences hospitalières étouffent, que nos mères accouchent sur le seuil des hôpitaux et que l’école publique brise l’avenir des jeunes générations ?

​Le refus européen face à la fuite en avant marocaine

​Pendant que l’Espagne voisine fait preuve de lucidité budgétaire — la ville de Malaga ayant eu le courage de se retirer officiellement de la liste du Mondial 2030 pour refuser un gouffre financier sans retour sur investissement social pour ses citoyens —, le Maroc s’enfonce tête baissée dans une fuite en avant aveugle. Là où des élus européens refusent les « éléphants blancs » inutiles, les décideurs marocains sacrifient les besoins vitaux de leur peuple sur l’autel de la vitrine internationale :

  • ​Un système de santé en ruine : Le délabrement du secteur médical public abandonne des millions de citoyens à la détresse, tandis que les élites du pays s’envolent en urgence vers les hôpitaux européens au moindre pépin de santé, affichant un désaveu cinglant envers les structures qu’elles administrent.
  • ​Une jeunesse brisée et sans perspectives : Privés d’une éducation de qualité et livrés au chômage, les jeunes observent avec amertume l’argent public couler à flots pour le béton des stades, alors qu’aucune perspective d’avenir ne leur est offerte.
  • ​La menace d’expropriations sauvages : Sous couvert d’aménagement urbain express pour 2030, la pression foncière s’intensifie, faisant planer la spoliation et la précarisation sur les populations les plus vulnérables.

​Gouvernance sous le signe du PAM : Continuisme et captation des richesses

​La désignation récente de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement par le Palais — figure centrale du Parti Authenticité et Modernité (PAM) — scelle l’alliance entre le pouvoir central, les élites fortunées et les appareils d’influence politiques. Ce choix s’inscrit dans un climat de méfiance généralisée, où les soupçons de fraudes, d’achats de voix et de manœuvres oligarchiques entachent la légitimité même des processus électoraux.

​La politique économique menée ne cherche plus qu’à préserver la rente d’une poignée de privilégiés : l’épisode des subventions accordées à l’importation de bétail restera comme une tache indélébile. Des milliards de dirhams puisés dans les caisses publiques sous prétexte de sécheresse ont directement atterri dans les poches des barons de l’agro-business et des profiteurs du régime. Aucun consommateur n’en a vu la couleur sur les marchés, jusqu’à l’humiliation de voir l’Aïd annulé. Le peuple subit les privations pendant que la caste au pouvoir accumule les profits.

​Normalisation, milices armées et braderie de la souveraineté : Le spectre d’un « Gaza 2.0 »

​Pour les cinq années à venir, ce gouvernement promet d’accélérer l’alignement stratégique et sécuritaire du pays. Derrière le masque du « modernisme » et sous couvert du PAM, la normalisation avec l’État d’Israël s’approfondit à marche forcée, au mépris de l’opposition populaire massive face au génocide en cours à Gaza.

​Cette trajectoire fait craindre le pire pour la souveraineté nationale :

  • ​Des privilèges sécuritaires et l’autorisation du port d’armes : L’adoption en coulisses de textes assouplissant la détention et le port d’armes sous couvert de protection des intérêts et des ressortissants étrangers ouvre une brèche sécuritaire sans précédent. Voir des éléments liés à l’appareil d’occupation circuler armés sur le sol national fait planer le spectre d’une milicisation à la palestinienne et transforme le territoire marocain en un sanctuaire pour des profils accusés de crimes de guerre.
  • ​Un accès privilégié au foncier et à l’économie : L’ouverture des portes de l’économie, du foncier et de l’appareil sécuritaire marocain à des intérêts étrangers liés aux réseaux sionistes prépare la voie à une appropriation progressive de nos terres et à des privilèges juridiques et financiers scandaleux octroyés aux promoteurs transnationaux.
  • ​La revendication historique et la spoliation des terres : Sous prétexte d’anciennes propriétés ou de réclamations foncières réinventées, la porte est ouverte à des spoliations massives au profit d’investisseurs protégés par les traités de normalisation, au détriment des citoyens marocains dépossédés de leur patrimoine ancestral.
  • ​La répression des voix dissidentes : Les voix qui s’élèvent contre ce bradage souverain ou contre le gouffre du Mondial 2030 font face à l’arsenal sécuritaire renforcé, qualifiant toute critique de menace contre « les intérêts vitaux du Royaume ».

​Aucune compétition sportive d’un mois ne pourra masquer ce sinistre bilan. En consacrant les deniers publics au béton des stades, en accordant le droit de porter des armes à des acteurs engagés dans des crimes contre l’humanité et en livrant la souveraineté du pays à des alliances toxiques, le pouvoir prépare un scénario de dépossession nationale. Lorsque le rideau de 2030 tombera, il ne restera qu’une population exsangue face à des infrastructures vides et une nation spoliée de ses terres et de sa dignité.

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