1 novembre 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe

Il y a des silences qui tuent plus sûrement que les coups. Le silence qui entoure Mohamed Ziane en est un.À 84 ans, cet homme fond. Cinquante-quatre kilos. Anémie. Privations. Sanctions disciplinaires qui lui ferment l’accès au magasin de la prison. Une tumeur de la prostate qui vient s’ajouter à la longue liste des maux que l’âge et l’incarcération multiplient.

Son fils le décrit. Les organisations de défense des droits humains le confirment. Amnesty International le dénonce. Et pourtant, rien ne bouge. Ziane reste derrière les barreaux d’El Arjat.

Ils pourraient le placer sous bracelet électronique. Ils pourraient invoquer sa santé, son grand âge, le caractère humanitaire évident de sa situation. Ils pourraient, tout simplement, cesser de le traiter comme un danger public. Mais non. Le pouvoir préfère qu’il serve d’exemple. Un exemple clair, cinglant, destiné à tous ceux qui oseraient encore compter les vies volées par la corruption systémique, les enrichissements illicites, les conflits d’intérêts béants et l’impunité totale du cercle du pouvoir.

Regardez le contraste. Pour gracier des pédocriminels, le Roi n’hésite pas. Même face à la douleur et à la colère des mères des victimes. Même face au scandale moral. La grâce tombe. Mais pour libérer un ancien ministre des Droits de l’Homme, un ancien Bâtonnier, un avocat qui a passé sa vie à dénoncer ce que d’autres taisent, soudain l’appareil se fige. Soudain, la santé ne compte plus. Soudain, l’humanité devient un luxe trop dangereux.Pourquoi ? Parce que Ziane n’est pas n’importe qui. Il a occupé les places. Il a connu les coulisses. Il a vu. Et il a parlé. Libérer un militant anonyme, c’est déjà risqué. Libérer un ancien ministre, un ancien Bâtonnier, un homme qui connaît les dossiers et les noms, ce serait donner un signal terrible : même les puissants d’hier peuvent être brisés s’ils osent trop. Alors que diront les militants « lambda » ? Que diront ceux qui n’ont ni titre, ni réseau, ni passé ministériel ? Ils comprendront le message. Ils se tairont. Ou ils sauront ce qui les attend.

C’est cela, l’essentiel. Ce n’est plus seulement une affaire judiciaire.

C’est une démonstration de force. Une leçon publique. Un avertissement adressé à quiconque envisagerait encore de mesurer l’écart entre les discours sur la bonne gouvernance et la réalité des fortunes qui s’édifient dans l’ombre des conflits d’intérêts.Mohamed Ziane n’est plus seulement un prisonnier. Il est devenu un symbole vivant de ce que le système est prêt à faire pour se protéger. Et chaque jour qu’il passe encore dans cette cellule, chaque kilo qu’il perd, chaque nuit où la douleur le réveille, renforce ce symbole. Jusqu’à quand accepterez-vous cela ? Jusqu’à quand la santé d’un homme de 84 ans vaudra-t-elle moins qu’un exemple de terreur politique ? Jusqu’à quand le contraste entre les grâces accordées aux prédateurs et le refus obstiné d’ouvrir la porte à un opposant vieillissant continuera-t-il de crier la vérité que d’autres s’évertuent à étouffer?

Conclusion cinglante :

Un jour, quand le corps de Mohamed Ziane ne pesera plus rien, ils diront peut-être qu’il est mort de vieillesse. Mais nous saurons, nous, qu’il est mort d’un système qui préfère laisser pourrir un témoin gênant plutôt que d’admettre qu’il a peur de la vérité. Et ce jour-là, le silence sera encore plus lourd. Parce qu’il aura tué une seconde fois.

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