
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe
Une vidéo montrant un abattage rituel aux Pays-Bas soulève de sérieuses questions concernant la méthode d’abattage utilisée, la certification halal et la viande destinée à l’exportation.
Sur les images décrites, on peut voir un animal subir d’abord l’incision rituelle de la gorge, avant d’être étourdi à l’aide d’un pistolet à tige perforante appliqué au niveau du crâne. Cette méthode est appelée post-cut stunning, ou étourdissement après l’incision.
Mais pourquoi un animal ayant déjà subi l’incision rituelle est-il ensuite étourdi au moyen d’une tige perforante dans le cerveau ?
Que prévoit la convention néerlandaise ?
La Convention néerlandaise relative à l’abattage sans étourdissement selon les rites religieux, signée le 5 juin 2012 et complétée le 5 juillet 2017, prévoit un régime particulier permettant l’abattage rituel sans étourdissement préalable.L’article 3 de l’avenant de 2017 lie le nombre d’animaux abattus rituellement sans étourdissement préalable aux besoins réels des communautés juives et musulmanes présentes aux Pays-Bas.
À la suite de renseignements que nous avons directement demandés à l’Autorité néerlandaise de sécurité des aliments et des produits de consommation (NVWA), il nous a été indiqué que les abattages ne relevant pas de cette exception religieuse doivent être pratiqués avec un étourdissement préalable.
Cela soulève une question importante concernant les abattages rituels dont la viande est destinée à l’exportation.
La convention autorise certaines formes de commercialisation à l’étranger, notamment dans le cadre de la valorisation de l’ensemble des parties de la carcasse.
Mais comment les autorités vérifient-elles que cette exception religieuse n’est pas utilisée pour une production commerciale dépassant les besoins religieux établis ?La viande reste-t-elle halal après l’utilisation d’une tige perforante ?
Une deuxième question fondamentale concerne la validité religieuse de l’abattage. Lorsqu’une tige perforante est utilisée après l’incision rituelle, elle peut provoquer des lésions cérébrales irréversibles. Quelle intervention provoque finalement la mort de l’animal : l’incision rituelle ou la tige perforante ?
Et quel organisme de certification halal accepte cette méthode, particulièrement lorsque la viande est destinée à l’exportation vers d’autres pays ?
Une transparence indispensable
Les autorités néerlandaises, les abattoirs et les organismes de certification halal doivent apporter des éclaircissements sur les méthodes d’abattage utilisées, le volume des abattages rituels destinés à l’exportation et les mécanismes de contrôle de l’exception religieuse.La question centrale demeure : une exception destinée à protéger la liberté religieuse des juifs et des musulmans est-elle également utilisée pour une production commerciale destinée à l’exportation, au-delà des besoins religieux autorisés ?
La certification halal exige de la transparence, des données vérifiables et le respect des prescriptions religieuses.
Sources : Convention néerlandaise du 5 juin 2012, article 2 ; avenant du 5 juillet 2017, article 3 ;règlement (CE) n° 1099/2009, articles 4, paragraphe 4, et 26 ; renseignements obtenus, selonnos échanges, directement auprès de la NVWA.