27 octobre 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe

Rabat retient son souffle, Tanger frémit, le Maroc encaisse.

L’édifice politique marocain vient de franchir un seuil critique, dévoilant au grand jour la machinerie occulte qui le gouverne. Alors que les projecteurs braquent leurs faisceaux sur la nomination historique de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement, le véritable maître d’œuvre de cette partition se tient dans l’ombre, fidèle à son habitude:

Fouad Ali El-Himma.

​Près de quarante ans après les bancs du Collège royal, l’ami d’enfance du souverain, devenu conseiller royal et indétrônable « vice-roi », parachève son œuvre. En portant le Parti Authenticité et Modernité (PAM) au sommet de l’État à l’issue du scrutin du 23 septembre 2026, il consacre la victoire totale d’un appareil politique façonné par et pour le Palais.​Mais à quel prix ? Et sur quel socle putride repose cette prétendue « consécration démocratique » ?

Une victoire née dans les sacs de fraude et les cellules de garde à vue

​Où réside la légitimité de ce triomphe quand la réalité du terrain hurle l’imposture ? Tandis que la machine de propagande officielle célèbre l’arrivée d’une femme à la Primature — un vernis progressiste plaqué sur un naufrage institutionnel —, la vérité judiciaire éclate au grand jour.

​La honte de Tanger :

Le jour même où le PAM est couronné, son maire à Tanger, Mounir Laymouri, bascule de la mairie à la garde à vue, intercepté à l’aéroport après une fuite éperdue en Espagne. La raison de cette disgrâce ? Des sacs entiers de bulletins de vote préremplis en faveur du PAM, saisis dans les bureaux de vote de Tanger-Assilah. Cinq complices croupissent déjà en détention.

L’abstention comme verdict populaire :

Avec un taux de participation effondré à 38,02 %, le plus bas depuis vingt ans, 62 % des Marocains ont infligé un désaveu cinglant à cette mascarade. Ils savaient, avant même que les urnes ne parlent, que l’issue était cousue de fil blanc.

​Le passif criminel d’un parti-franchise :

Ce même PAM, armée politique d’El-Himma, est englué dans les pires scandales de l’histoire du Royaume. Comment oublier l’ombre tentaculaire de « l’Escobar du Sahara » et la chute de ses barons — Abdennabi Bioui et Saïd Naciri — condamnés lourdement pour trafic international de drogue et blanchiment d’argent ? Comment ignorer ces élus en cavale et ces mandats d’arrêt internationaux qui gangrènent les rangs de cette formation ?

​Le système El-Himma : Quand l’ingénierie politique étouffe la souveraineté

​Fondé en 2008 pour verrouiller l’échiquier politique et faire barrage aux islamistes, le PAM n’a jamais été un parti issu des entrailles de la société civile. Il est le produit pur de l’ingénierie du Makhzen, piloté de main de maître par Fouad Ali El-Himma.​

De ses années au ministère de l’Intérieur à son bureau capitonné du Cabinet royal, El-Himma incarne cette concentration absolue du pouvoir où la sécurité, la diplomatie, le lobbying international et la mise sous tutelle des partis se décident loin, bien loin du regard des citoyens. En plaçant sa cousine par alliance, Fatima Zahra Mansouri, à la tête de l’Exécutif, le système s’autoperpétue.​

Mais cette domination par le haut est une fuite en avant.

Comment un gouvernement issu de fraudes massives, adossé à un parti éclaboussé par le narcotrafic et piloté par un conseiller de l’ombre hors d’atteinte de toute reddition de comptes, peut-il prétendre affronter les défis vitaux du pays ?

Chômage des jeunes, fracture sociale, urgences économiques et préparation de la Coupe du monde 2030 ne se règleront pas à coups de manœuvres politiciennes.

L’illusion de la pérennité face à la sentence de l’Histoire

​Ils ont beau draper l’autoritarisme dans des habits neufs de la modernité institutionnelle, le vernis craque de partout. En fermant les yeux sur les tripatouillages électoraux et la gangrène financière, le pouvoir fait le pari périlleux du mépris populaire.​

Mais comme le rappellent les sagesses immuables, à l’instar de la maxime de l’Imam Ali 3alayhi Ssalaam (« La justice est le garant de la pérennité du pouvoir ») : un édifice bâti sur le sable de la fraude, de l’injustice et du déni ne résiste jamais aux tempêtes de l’Histoire.​Aujourd’hui, le peuple marocain observe, encaisse, mais n’est plus dupe. La démocratie ne s’imprime pas sur des bulletins saisis dans des planques, et la légitimité ne se décrète pas par un décret royal. En voulant sauver l’appareil du Makhzen, ses architectes n’ont fait que mettre à nu sa fragilité. Le compte n’y est pas. Et l’addition, tôt ou tard, sera présentée.

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