29 septembre 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe

​Tanger sous scellés, Casablanca sous le choc, Rabat sous cotillons.

Le 29 septembre 2026, au terme d’un scrutin marqué par un désintérêt citoyen vertigineux (38 % de participation officielle, un plancher historique en vingt ans), le roi Mohammed VI a désigné Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement. La communication officielle s’extasie : voilà la première femme propulsée à la primature de l’histoire du Maroc ! Un vernis progressiste plaqué à la hâte sur une réalité autrement sordide. Car derrière la façade rassurante de l’article 47 de la Constitution, la démocratie marocaine vient de vivre son exécution en direct.​Comment peut-on feindre la normalité démocratique alors que le vainqueur du scrutin est englué dans des scandales de fraude électorale et de criminalité financière d’une gravité sans précédent ?​Pendant que la cheffe du Parti Authenticité et Modernité (PAM) prépare son discours d’investiture, le maire PAM de Tanger, Mounir Laymouri, passe ses premières nuits en garde à vue. Interpellé le 28 septembre à l’aéroport à son retour précipité d’Espagne, l’édile est auditionné par la police judiciaire. La raison ? Des sacs entiers de bulletins de vote préremplis en faveur du PAM, saisis dans les bureaux de vote de Tanger-Assilah. Cinq complices — présidents de bureaux et assesseurs — croulent déjà en détention provisoire.​

De la fraude industrielle au narco-trafic d’État : le PAM est-il encore un parti ou une franchise criminelle ?

​Ce fiasco électoral n’est que l’arbre qui cache une forêt de corruption institutionnalisée.

Ce même PAM, fondé en 2008 pour « assainir » le paysage politique des « islamistes », est devenu l’épicentre des plus grands scandales judiciaires du Royaume :​L’ombre de « l’Escobar du Sahara » : C’est ce même parti dont les figures de proue, Abdennabi Bioui (ex-président de la région de l’Oriental) et Saïd Naciri (ex-patron du Wydad), ont été condamnées à d’ourdes peines de prison pour trafic international de drogue, spoliation foncière et blanchiment d’argent.​Des élus en cavale et des mandats d’arrêt : Des dizaines de députés, maires et conseillers sous la bannière du PAM font aujourd’hui l’objet de poursuites pour détournement de deniers publics, quand ils ne sont pas en fuite à l’étranger pour échapper aux mandats d’arrêt internationaux.

​De la fraude aux urnes de Tanger jusqu’aux réseaux du narcotrafic international, la méthode est la même : confisquer la décision politique par l’argent sale, le clientélisme et l’intimidation.

​Pourtant, à peine quatre jours après le dépouillement, le Palais Royal tranche. Sans attendre les conclusions des enquêtes judiciaires sur les fraudes de Tanger, sans se soucier du signal dévastateur envoyé en couronnant un parti gangrené par les sales dossiers, la nomination tombe.

Ils font « comme si ».​

Comme si des urnes entières n’avaient pas été viciées dans la troisième ville du pays.​

Comme si 62 % des citoyens n’avaient pas boycotté une mascarade dont ils connaissaient déjà l’issue.​

Comme si la création de l’illusion démocratique primait sur le respect le plus élémentaire de la souveraineté populaire.​

Est-ce cela, la justice du Royaume ?

Un simple rideau de fumée administratif destiné à endormir l’opinion le temps d’installer un gouvernement entaché d’illégitimité ?​

En propulsant Fatima Zahra Mansouri au sommet de l’État dans de telles conditions, le pouvoir ne se contente pas de balayer les soupçons : il consacre l’impunité. La diplomatie des symboles et la promotion du genre servent de paravent à un appareil politique exsangue, incapable d’épurer ses propres rangs.​Une question brûlante exige désormais une réponse : si le socle électoral du PAM repose sur des bulletins préremplis à Tanger et que ses cadres finissent un à un derrière les barreaux, quelle est la valeur réelle des 97 sièges qu’il revendique ?​

Mme Mansouri s’apprête à diriger un pays au bord de l’asphyxie sociale, à gérer la crise du chômage de la jeunesse et à piloter les chantiers de la Coupe du monde 2030. Mais avec quelle légitimité ? Un gouvernement né sous l’ombre d’« Escobar », des menottes et des fraudes ne commande pas le respect : il impose la méfiance. La démocratie ne s’imprime pas sous le manteau et ne se négocie pas avec des fugitifs. Elle se prouve. Et aujourd’hui, les preuves de transparence font cruellement défaut.

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