19 mai 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net

À chaque Aïd al-Adha, le même scénario se répète en Belgique : des familles musulmanes empêchées d’accomplir le sacrifice selon le rite islamique, des perquisitions dans des domiciles le matin de la fête, des enfants privés de la joie de l’Aïd. Mais le drame est plus profond. Même la communauté juive est interdite d’abattage casher selon sa loi religieuse. La question s’impose aujourd’hui : qui est responsable ?

170 000 Marocains privés de viande halal en Belgique


La communauté marocaine en Belgique compte près de 180 000 personnes, soit environ 10% de la population de Bruxelles-Capitale. Selon les données de terrain, environ 170 000 Marocains sont pratiquement privés de viande abattue selon le rite islamique sur le territoire belge.
L’interdiction de l’abattage rituel en Flandre et en Wallonie contraint l’écrasante majorité de la communauté marocaine à acheter de la viande importée à prix élevé, ou à renoncer à un rite religieux clair de leur foi. Ce n’est pas une régulation, c’est une restriction directe à la liberté religieuse.

Les Juifs marocains aussi privés de casher


Le paradoxe est que la même loi interdit l’abattage casher. L’État cible donc deux rites religieux à la fois : l’islam et le judaïsme.
Les Juifs de Belgique, y compris les membres de la communauté juive marocaine, se retrouvent dans la même situation que les musulmans. Cela prouve que le combat ne vise pas uniquement les musulmans, mais toute manifestation religieuse non laïque dans l’espace public.

Quel est le rôle de Cheikh Taher Toujgani, président du Conseil Scientifique ?


Cheikh Taher Tougani est président du Conseil Scientifique chargé de l’encadrement religieux, scientifique et de la supervision des rites religieux pour la communauté marocaine en Belgique.
Il a été nommé par le Royaume du Maroc et reçoit des fonds importants du Maroc pour défendre les droits religieux de la communauté et plaider auprès des autorités belges.
Or, la communauté ne voit aucune action concrète. Quand on l’interroge sur l’interdiction de l’abattage halal et les perquisitions le jour de l’Aïd, la réponse répétée est : « Je ne sais pas ».
170 000 Marocains sont privés de leurs droits religieux les plus élémentaires, et le président du Conseil Scientifique chargé de les défendre dort du sommeil des Gens de la Caverne.
Cette situation pose une question légitime : l’argent public est-il dépensé pour plaider et défendre, ou pour le silence et l’absence ?

Où sont les élus marocains dans les parlements belges ?


Plusieurs membres de la communauté marocaine sont arrivés au Parlement fédéral, aux parlements régionaux et aux exécutifs locaux grâce aux voix de la communauté.
Mais au premier test réel, lors de l’interdiction du halal et du casher et des perquisitions le jour de l’Aïd, leurs voix disparaissent.
Le siège ministériel est-il devenu plus important que la défense des droits des électeurs ? L’élu craint-il d’être accusé de communautarisme s’il défend un rite religieux ?
Le citoyen ne les a pas élus pour poser sur des photos, mais pour le défendre quand sa religion et sa liberté sont attaquées.

Que font les associations « halal » et « casher » en Belgique ?


Des dizaines d’associations portent le nom « halal » et « casher » et collectent des fonds au nom du service aux musulmans et aux juifs. Leur rôle supposé est le plaidoyer juridique et la pression politique.
Mais dans les faits, la plupart se transforment en entreprises commerciales de certification de viande, sans aucune présence sur le terrain le jour où le citoyen est harcelé.
Où sont les communiqués ? Où sont les recours devant la Cour constitutionnelle belge et la Cour de justice de l’UE ? Le silence est une complicité.

En conclusion


Manger halal et casher est un droit religieux garanti par la Charte des droits fondamentaux de l’UE et l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme. Les interdire ou les restreindre est une atteinte directe à la liberté religieuse.

L’État marocain doit demander des comptes à ceux qui sont payés avec l’argent du peuple pour défendre la communauté.
Les élus marocains en Belgique doivent choisir : soit défendre les 170 000 Marocains qui les ont portés au Parlement, soit rester un décor électoral.
Et les associations doivent cesser de faire du commerce au nom de la religion et agir réellement devant les tribunaux et dans les médias.

Sinon, ne blâmez pas les jeunes s’ils ont l’impression que ce second pays ne les veut que comme des consommateurs silencieux.

Note de la rédaction : Cet article exprime l’opinion personnelle de l’auteur et vise à ouvrir le débat public sur la liberté d’exercice des rites religieux en Belgique.

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