
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’organisation de de défense des Victime d’injustice
C’est grave. C’est alarmant. C’est potentiellement tragique. Libéré sans adresse, sans numéro de téléphone, avec pour seule réponse « nous contacterons tes avocats », Ali Lmrabet se retrouve dans une zone grise inquiétante. Et dans ce contexte d’opacité absolue, la comparaison qui surgit naturellement dans les esprits — même si l’on prie Allah que cela n’arrive jamais — est celle du Dr Militaire Morad Sghir, retrouvé mort dans des conditions plus qu’obscures.
Quand une affaire commence par une interpellation musclée, passe par une garde à vue express, une libération sans formalités visibles, et s’enfonce dans le flou procédural, la peur d’une issue dramatique devient légitime. Le doute n’est plus une option : il est imposé par le système lui-même.
Les faits qui nourrissent l’angoisse
- Pas de coordonnées prises.
- Contact promis via des avocats en grève.
- Enquête « qui se poursuit » dans l’ombre.
- Antécédents de critiques virulentes, d’inimitiés avec des cercles puissants, et un passif judiciaire lourd.
Tout cela crée un cocktail toxique où la procédure fantôme remplace la justice ouverte. On ne sait plus si Lmrabet est libre ou simplement « en sursis contrôlé ». Et dans ce vide informationnel, les esprits les plus sombres évoquent inévitablement des précédents tragiques comme celui du Dr Morad Sghir.
Questions qui hurlent et qui ne peuvent plus rester sans réponse :
- Pourquoi cette procédure ubuesque qui laisse un journaliste critique sans aucun canal officiel de contact ? Négligence criminelle ou volonté de le placer dans une situation de vulnérabilité totale ?
- Cette « phase obscure » n’est-elle pas le prélude à une pression psychologique insoutenable, voire pire ?
- Le Maroc est-il prêt à assumer qu’un nouveau cas « mort dans des conditions obscures » vienne noircir définitivement son image internationale ?
- Combien de temps acceptera-t-on que des affaires sensibles de journalistes ou d’opposants se terminent soit dans l’opacité judiciaire, soit dans des drames inexpliqués ?
- Qui porte la responsabilité ultime si jamais le pire arrivait ? Le parquet ? Les services ? Les instructions « d’en haut » qui préfèrent l’ombre aux comptes clairs ?
Le vrai péril : quand l’opacité nourrit les pires scénarios
Ce n’est plus seulement une question de liberté de presse. C’est une question de vie ou de mort potentielle dans l’imaginaire collectif. Chaque anomalie procédurale, chaque silence, chaque « on contactera tes avocats » renforce la peur légitime que des voix gênantes ne disparaissent pas seulement derrière les barreaux, mais de manière plus définitive et trouble.
Le cas Lmrabet devient le symptôme d’un mal plus profond : un système qui n’a toujours pas choisi entre répression frontale (qui fait scandale) et contrôle discret (qui nourrit les théories les plus sombres). Entre les deux, il n’y a que du poison pour la crédibilité du Royaume.
C’est catastrophique. Au moment où le Maroc veut incarner la stabilité, l’émergence et le respect des droits, ce flou judiciaire autour d’une figure comme Lmrabet offre un cadeau empoisonné à tous ses adversaires. Alger, les lobbys anti-marocains, les ONG internationales n’ont qu’à attendre la prochaine « anomalie » ou, Allah nous en garde, le prochain drame.
Assez.
Exigeons la lumière : soit Lmrabet est innocent et on clôt le dossier publiquement avec garanties ; soit il est coupable et on le juge dans les règles avec toutes les protections légales. Mais que l’on arrête cette gestion dans l’ombre qui fait craindre le pire à tout observateur lucide.
Le peuple marocain ne veut ni martyrs ni disparitions suspectes. Il veut une justice claire, transparente et digne d’un grand pays. Tout le reste n’est que carburant pour les conspirations les plus noires.
Transparence totale maintenant. Ou assumez les conséquences morales et politiques d’un nouveau chapitre obscur. L’Histoire, elle, n’oublie jamais les affaires qui finissent mal dans le flou.
Puisse Allah protéger Ali Lmrabet et préserver le Maroc de tout drame supplémentaire. Mais le système, lui, doit changer. Urgemment.