
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net
Alors que Sébastien Lecornu, Premier ministre français, paradait ce 16 juillet 2026 à Rabat pour célébrer un « rapprochement exceptionnel », signer des accords de sécurité et vanter une coopération « exceptionnellement positive » contre le terrorisme et le narcotrafic, une nouvelle bombe du consortium Forbidden Stories (avec Amnesty International) pulvérise la façade. Le Maroc a utilisé Pegasus massivement depuis 2017, pendant quatre ans, contre ses propres citoyens et contre des responsables français de haut niveau, dont Lecornu lui-même depuis juillet 2019.
Le témoignage dévastateur vient d’un lanceur d’alerte présenté sous le pseudonyme « Safir », ex-agent de la DGST pendant dix ans. Son récit, corroboré par des documents internes et des collègues, décrit avec une précision chirurgicale les méthodes de surveillance : filatures physiques, micros dans les appartements, infiltration de cafés internet, et Pegasus en ultime recours. Il compare l’outil à un « Netflix » payé par les Émirats arabes unis : Rabat profite de l’abonnement sans toujours payer directement.
Et si Safir n’était autre que Mehdi Hijaouy (ou Hajjaoui), l’ex-haut responsable du renseignement marocain (DGED, avec coordination DGST) en cavale depuis 2024 ? Ce profil colle parfaitement : ancien numéro 2 de la DGED, formé par le Mossad, proche de cercles royaux, détenteur de dossiers ultrasensibles sur Pegasus, et fuyant le Maroc avec des secrets « brûlants » après une rupture interne. Traqué par un mandat d’arrêt international pour des accusations classiques de fraude (destinées à discréditer les dissidents), Hijaouy se cache en Europe. Son témoignage sous pseudonyme protégerait une source menacée de mort.
Une Trahison d’État aux Conséquences Catastrophiques
Pegasus, le cheval de Troie israélien de NSO Group, s’installe sans clic, vide le téléphone, active micro et caméra. Utilisé officiellement contre terroristes et trafiquants, il a servi à espionner journalistes (Mediapart, Omar Radi), opposants, Sahraouis, Algériens (pendant le Hirak), Espagnols, et surtout des Français : Macron (numéro sélectionné en 2019), Charles Michel, Florence Parly, Jean-Michel Blanquer, Sébastien Lecornu et d’autres ministres. Des traces d’infection ont été confirmées techniquement.
Le cynisme est total : pendant que la France envisageait d’acheter Pegasus fin 2020 (projet veto par Macron pour souveraineté et réputation), le Maroc l’utilisait déjà contre elle. Rabat nie tout en bloc depuis 2021, parle de « campagne haineuse », mais les preuves s’accumulent : analyses Amnesty, documents internes, témoignages. Un régime qui espionne même son propre entourage royal ? Voilà notre « partenaire stratégique ».
Questions qui Brûlent et Exigent des Réponses Immédiates
- Si Safir = Hijaouy, combien d’autres dossiers explosifs détient-il encore sur l’espionnage d’État marocain contre la France et l’Europe ?
- Quelles données sensibles ont été exfiltrées des téléphones français ? Positions sur l’Algérie, le Sahara, contrats, négociations migratoires ?
- Pourquoi Paris continue-t-il à signer des accords avec Rabat comme si de rien n’était, au moment même où un ex-espion balance les preuves ?
- Quand l’Europe et la France sanctionneront-elles vraiment NSO, les intermédiaires émiratis et les clients abusifs ?
- Protégera-t-on enfin les lanceurs d’alerte comme Safir/Hijaouy, ou les livrera-t-on sur l’autel de la realpolitik ?
Ce n’est plus un scandale de surveillance : c’est une atteinte directe à la souveraineté française, à la démocratie et à la sécurité nationale. Un ancien pilier du système répressif marocain fait trembler le Makhzen de l’intérieur. Les fuites ne font que commencer.
Assez des communiqués lénifiants et des poignées de main hypocrites. La France doit exiger la transparence totale, ouvrir une enquête judiciaire sans entrave, protéger les témoins et construire une vraie cybersouveraineté. Sinon, demain, nos dirigeants resteront des cibles faciles pendant que l’on vantera la « coopération exemplaire » avec un régime qui nous poignarde dans le dos.
Le peuple français mérite mieux que cette omerta. Pegasus n’est pas un incident : c’est le symptôme pourri d’un système d’espionnage d’État exporté, financé et toléré. L’heure du réveil a sonné. Avant qu’il ne soit trop tard.