16 juillet 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de L’ASBL NON À L’INJUSTICE

C’est grave. C’est alarmant. C’est intolérable. Arrêté dimanche 12 juillet à Tanger dans des conditions qu’il juge brutales (« bras tordu », refus d’identité des agents), transféré à Casablanca, auditionné, puis libéré mercredi 15 juillet avec poursuite d’enquête et restitution de ses appareils. Moins de 72 heures au total. Ali Lmrabet lui-même salue le traitement « correct » de la BNPJ et du parquet… tout en dénonçant l’interpellation initiale. Pendant ce temps, une organisation belge de défense des victimes d’injustice crie à la « torture psychologique et morale ».

Le vaudeville est complet. Le soupçon d’arrangement en coulisses plane plus que jamais.

Ce que montrent les faits et les sources

Hespress rapporte que Lmrabet a bénéficié d’un examen médical, que les investigations techniques se poursuivent, et qu’il a été remis en liberté tout en restant à disposition. Le parquet de Casablanca invoque des plaintes pour diffusion de contenus diffamatoires, injurieux et outrageants via le Code pénal.

De l’autre côté, des voix dénoncent un harcèlement judiciaire récurrent, des conditions initiales brutales et une atteinte à la dignité. Lmrabet, figure historique de la presse critique, exilé en Espagne, revient au Maroc après des années et se retrouve dans ce tourbillon.

Les questions qui brûlent et qui exigent des réponses claires :

  • Pourquoi cette interpellation spectaculaire à l’aéroport suivie d’une libération aussi rapide ? Simple routine judiciaire ou mise en scène destinée à calmer des factions internes tout en envoyant un message ?
  • Comment expliquer que des plaintes « lourdes » (diffamation, outrage aux institutions) aboutissent à une garde à vue express et une sortie presque immédiate, quand d’autres dossiers traînent des années ?
  • Qui sont exactement les plaignants ? Quels contenus précis ont déclenché ces mandats d’arrêt ? Pourquoi recourir au Code pénal plutôt qu’à la législation sur la presse ?
  • Pourquoi ce traitement différencié par rapport aux prisonniers du Hirak Rif, à Mohamed Ziane ou à d’autres voix dissidentes qui n’ont pas bénéficié de la même célérité ?
  • L’interdiction initiale de traitement médical (dénoncée par la famille) était-elle réelle ? Si oui, qui en porte la responsabilité ?

Cette affaire pue le deux poids deux mesures. Elle renforce le sentiment d’une justice instrumentalisée, capable de brutalité initiale puis de clémence calculée selon les réseaux, les pressions ou les négociations invisibles. Lmrabet lui-même, avec ses amitiés controversées et son statut d’« ennemi de la DGED », sort du système plus vite que bien d’autres. Cela interroge sur l’équité réelle du système.

Le vrai danger pour le Maroc

Pendant que le Royaume avance sur le Sahara, la sécurité et le développement, ce genre d’épisodes offre des munitions gratuites à ses adversaires : RSF, ONG internationales, médias étrangers, Algérie et ses relais. Chaque arrestation opaque, chaque libération suspecte, chaque plainte de « torture psychologique » érode la crédibilité internationale du Maroc.

C’est alarmant pour la cohésion nationale. Comment voulez-vous rassembler les Rifains, la diaspora et la jeunesse quand la perception d’arbitraire persiste ? Comment défendre un État de droit quand les procédures semblent négociables ?

Assez de ce théâtre judiciaire où l’on arrête pour calmer les uns, libère pour apaiser les autres, et laisse le citoyen lambda face à une opacité qui nourrit tous les soupçons. Assez des communiqués partiels et des versions contradictoires.

Le Maroc mérite une justice transparente, égale pour tous, qui applique la loi sans favoritisme ni acharnement sélectif. Que les investigations se poursuivent, soit. Mais qu’elles le fassent dans la clarté totale, sans brutalité inutile ni arrangements opaques.

Libérez la vérité. Appliquez la même règle à tous. Ou assumez publiquement que la justice reste, en 2026, une variable d’ajustement politique. Le peuple observe. L’Histoire jugera. Et l’image du Royaume en sort, une fois de plus, sérieusement écornée.

Il est temps de choisir : arbitraire ou État de droit. Le sur-place n’est plus une option.

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