15 septembre 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe

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En septembre 2026, Nordine Taouil, imam d’Anvers, prononce depuis La Mecque une invocation pour la réussite électorale de Fouzi Lekjaa. Dans son dua, il évoque explicitement « l’intérêt porté aux enfants de la diaspora en Europe ».

Le symbole est fort. Le décalage avec la réalité l’est encore plus.

La communauté marocaine d’origine en Belgique compte plusieurs centaines de milliers de personnes. L’Université d’été des jeunes MRE, l’un des programmes phares de l’État, accueille chaque année environ 300 participants venus de 30 pays. Trois cents places pour des millions de jeunes. Et, selon de nombreux témoignages, ces places circulent trop souvent dans les mêmes cercles : « bak sahbi », relations consulaires, familles déjà bien introduites.

Pendant ce temps, les plaintes restent les mêmes depuis des années :
Services consulaires saturés et lents.
Vote réduit pour l’essentiel à la procuration.
Accompagnement à l’investissement souvent théorique.
Sentiment d’être utiles surtout pour les transferts de fonds (plus de 120 milliards de dirhams) et l’immobilier, mais peu écoutés dès qu’il s’agit de critiques ou de véritables leviers de décision.

Le paradoxe est permanent. Le Makhzen célèbre les MRE dans les discours officiels comme une « richesse nationale ». Le Makhzen les invitent à revenir investir et s’installer. Mais dès qu’ils demandent de la considération réelle, de la transparence dans les programmes ou un poids politique digne de leur contribution, le système se referme. Certains y voient de la désinvolture. D’autres, plus durement, un « Et alors ? » à peine dissimulé.

Comparer avec la Turquie n’est pas gratuit. Ankara a fait de sa diaspora un instrument de soft power et de souveraineté. Quand l’un des siens est attaqué à l’étranger, l’État réagit. Côté marocain, la réponse reste trop souvent bureaucratique ou passive.

Les talents existent. Les compétences sont là, dans les multinationales, les universités, les institutions internationales. Ce qui manque n’est pas le potentiel. C’est la volonté politique de transformer la diaspora d’une source de devises en un véritable partenaire de souveraineté.

L’invocation de Taouil depuis les lieux saints a le mérite de poser la question à voix haute. Reste à savoir si le système y répondra par autre chose que des symboles et des places réservées.

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