
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe
Introduction : une évacuation sanitaire sous haute tension
Mustafa Lakhssem, président de la commune d’Imouzzer Kandar et candidat à la tête de son propre parti « Annakhla » (Le Palmier-Dattier), a été transféré d’urgence dans une clinique privée de Fès après avoir présenté de graves symptômes d’intoxication aiguë. Selon ses proches, il a été admis alors qu’il était inconscient, et son état nécessite des examens approfondis sous surveillance médicale stricte. Mais derrière ce drame sanitaire se cache un enchaînement de blocages politiques et judiciaires qui donne à cette affaire des allures de règlement de comptes voilé.
Un lourd passif judiciaire : quatre à cinq ans de tribunaux
Depuis près de cinq ans, Mustafa Lakhssem est traîné de tribunal en tribunal pour des accusations de vol d’argent. Cette épée de Damoclès judiciaire n’a jamais cessé de planer sur sa carrière, l’affaiblissant politiquement sans pour autant freiner ses ambitions électorales. Pourtant, ce harcèlement procédurier a indéniablement contribué à entacher son image et à l’isoler sur la scène politique locale, le rendant plus vulnérable aux coups bas.
Un parcours politique semé d’interdictions et de refus
Sur le plan politique, les portes se sont fermées les unes après les autres. Après s’être vu refuser le parrainage par Abdelilah Benkirane – malgré une invitation chez ce dernier – il avait décidé de fonder son propre mouvement, « Annakhla », pour contourner l’obstacle. Mais les déconvenues ne se sont pas arrêtées là. Le ministre de l’Intérieur lui a non seulement opposé un refus catégorique pour son propre parrainage, mais lui a également interdit de quitter le territoire, le privant de toute marge de manœuvre externe et l’enfermant dans un étau administratif.

Le conseil glaçant de Mohammed Ouzzine
Dans ce climat de blocage total, Mohammed Ouzzine, secrétaire général du Parti du Mouvement Populaire, lui aurait tenu ces propos pour le moins révélateurs :« Tu as un problème avec le ministre de l’Intérieur. Va d’abord le voir. S’il te parraine, alors reviens chez moi et je te soutiendrai. »
Une mise en demeure qui plaçait son avenir politique entre les seules mains d’un ministre qui, justement, venait de lui tout refuser, scellant ainsi un piège politique dont il ne pouvait sortir gagnant.
L’Allemagne plutôt que le Maroc ? Une absence qui soulève de lourds doutes
Mais il est un autre détail qui ne manque pas de soulever des interrogations, et pas des moindres. Face à la gravité des symptômes d’intoxication aiguë, pourquoi les autorités sanitaires n’ont-elles pas opté pour un transfert d’urgence vers l’Allemagne, réputée pour ses centres spécialisés dans les empoisonnements complexes, plutôt que de le maintenir au Maroc où les spécialistes en la matière se comptent sur les doigts d’une main ?
Ce choix, en apparence technique, prend une tout autre couleur quand on le replace dans le faisceau des pressions, des interdictions de sortie du territoire et des refus successifs qui ont jalonné son parcours. Est-ce une négligence, un manque de moyens, ou bien une manière subtile de contrôler l’issue de l’affaire en limitant l’accès aux expertises étrangères indépendantes ?
Hasard ou stratégie : les questions qui fâchent
Alors que les résultats des analyses médicales et l’enquête officielle peinent encore à déterminer l’origine exacte de cette intoxication, les coïncidences s’accumulent de manière trop systématique : refus de parrainage, interdiction de territoire, tracasseries judiciaires récurrentes, choix médical discutable, et maintenant cette intoxication en pleine préparation de scrutin.
Face à cet enchaînement, deux questions s’imposent avec une insistance troublante :· Y a-t-il une main cachée derrière ce calendrier fatal, ou faut-il croire que le hasard s’acharne uniquement sur ceux qui osent défier l’appareil établi ?· Pourquoi ne pas l’avoir envoyé en Allemagne, sinon pour l’empêcher d’accéder à des soins de pointe qui auraient pu faire la lumière sur la nature exacte du poison utilisé ?En politique, comme le rappellent les observateurs avertis, les coïncidences sont rares et souvent trompeuses. Dans ce marigot d’interdits, de soupçons et de choix médicaux pour le moins discutables, une chose est sûre : voir un candidat empoisonné en pleine ascension, au moment où il bouscule toutes les lignes rouges, c’est fort de café… et laisse planer un doute très lourd sur les véritables dessous de cette affaire.