
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net
Bruxelles accueille depuis ce matin le 7ᵉ Congrès international de l’économie et de la finance islamiques, organisé par l’Académie européenne de finance et d’économie islamiques (EAIFE), dans ses locaux situés Chaussée de Louvain 24 à Saint-Josse-ten-Noode. L’événement se poursuit encore aujourd’hui et jusqu’à demain après-midi, avec ce soir un moment de réseautage destiné à favoriser les échanges entre participants venus de plusieurs pays. Dans un contexte européen marqué par les tensions économiques, la montée des inégalités et les interrogations sur la durabilité du modèle financier actuel, ce congrès propose une réflexion qui dépasse largement le cadre religieux. Les intervenants ont en effet insisté sur une idée centrale : l’économie islamique se présente comme un modèle éthique global, capable d’alimenter le débat sur les alternatives économiques en Europe.Dès les premières interventions, le ton a été donné. Plusieurs experts ont rappelé que les crises économiques actuelles ne relèvent pas uniquement de dysfonctionnements techniques, mais traduisent aussi un déséquilibre plus profond, lié à la place excessive de la dette, à la spéculation et à la déconnexion entre la finance et l’économie réelle, voire même les inégalités sociales. Face à cela, l’économie islamique met en avant des principes tels que le partage des risques, la responsabilité, la transparence et la justice sociale. Dans un climat politique européen où la question de l’inclusion économique devient centrale, plusieurs orateurs ont souligné que ce modèle pourrait répondre à une double attente : celle d’une partie des citoyens musulmans souhaitant accéder à des services financiers conformes à leurs convictions, mais aussi celle, plus large, d’investisseurs et de décideurs à la recherche de solutions plus éthiques et durables. Le débat a également pris une dimension plus stratégique. Certains intervenants ont appelé à dépasser une logique d’adaptation marginale pour entrer dans une phase de construction réelle d’institutions financières islamiques en Europe. L’enjeu n’est plus seulement d’obtenir des dérogations dans un système existant, mais de bâtir des structures solides, juridiquement reconnues et économiquement viables, capables de s’inscrire pleinement dans le paysage européen. Au-delà des aspects financiers, plusieurs interventions ont mis en lumière une question plus fondamentale : celle du rôle de l’argent dans nos sociétés. Dans une Europe confrontée à des crises de confiance répétées, certains conférenciers ont plaidé pour une réhabilitation d’une économie au service de l’humain, où la richesse n’est plus une fin en soi mais un outil au service du bien commun. La question des dettes publiques, particulièrement sensible dans plusieurs États européens, a aussi été abordée. Des pistes inspirées de la finance islamique ont été évoquées, notamment des mécanismes reposant davantage sur l’investissement réel et le partage des risques, plutôt que sur l’endettement massif. Sans être présentées comme des solutions miracles, ces approches ont été décrites comme des compléments crédibles dans la réflexion sur l’avenir économique du continent. Ce congrès met ainsi en évidence une évolution notable : la finance islamique n’est plus perçue uniquement comme un segment de niche ou communautaire, mais comme un sujet de réflexion à part entière dans les débats économiques européens. Entre enjeux de régulation, d’innovation financière et de cohésion sociale, les discussions engagées à Bruxelles témoignent d’une volonté de penser autrement les modèles économiques, à un moment où l’Europe cherche de nouvelles voies. Les échanges se poursuivront encore demain, avec l’ambition affichée de transformer ces réflexions en propositions concrètes, capables de s’inscrire dans les réalités politiques et économiques européennes.