
Par ALY BAKKALI TAHIRI Rédacteur en chef diplomaticnews.net de l’article original en arabe de Ghada Haddad. Adaptation d’après Al-Akhbar
L’algorithme a désormais un prix, et ce prix est celui du sang palestinien. Un nouveau rapport dévastateur vient de lever le voile sur une réalité glaçante : Meta ne se contente plus d’être un simple spectateur ou un censeur partial ; l’entreprise est devenue le banquier actif de la violence coloniale en Cisjordanie. Sous couvert de neutralité numérique, le nain de Mark Zuckerberg a transformé le discours de haine israélien en une machine à cash, récompensant financièrement les colons pour leur barbarie virale.
La haine comme produit financierLe rapport du « Centre arabe pour le développement des médias sociaux » (7amleh), intitulé « Profiter de l’occupation », est un acte d’accusation sans appel. Il révèle comment les systèmes de monétisation de Meta — supposés être des outils économiques neutres — sont devenus des moteurs de récompense pour le contenu violent. En 2024, Meta a reversé près de deux milliards de dollars aux créateurs de contenu. Une question s’impose alors, brutale : quelle part de cet argent a servi à financer les milices de colons qui terrorisent la Cisjordanie ?
La mécanique est perverse : plus le contenu est incendiaire, plus il génère d’interactions, et plus Meta verse d’argent. Pour les colons extrémistes, chaque vidéo d’expropriation, chaque appel au lynchage et chaque célébration de la colonisation devient une source de revenus directs. La plateforme ne se contente plus d’héberger la violence ; elle la subventionne.
L’apartheid numérique et financier
Pendant que les pages liées à la droite radicale israélienne et aux mouvements coloniaux voient leurs comptes bancaires se remplir grâce aux publicités Meta, la voix palestinienne est frappée d’un double embargo.
D’un côté, une censure algorithmique féroce qui supprime les comptes documentant les violations des droits de l’homme. De l’autre, une exclusion économique systématique : la Palestine est délibérément absente de la liste des pays éligibles à la monétisation.
C’est ici que réside l’inédit de cette rhétorique : nous ne parlons plus seulement de liberté d’expression, mais d’une véritable ingénierie de la dépossession. Meta crée un déséquilibre de puissance où l’occupant est payé pour sa propagande, tandis que l’occupé est réduit au silence et à l’asphyxie financière.
Meta, complice de crimes de guerre !
Comment Meta peut-elle justifier que des comptes liés aux « Jeunes des collines »
— des groupes connus pour leurs attaques violentes — soient éligibles aux profits publicitaires ? En monétisant des contenus qui célèbrent le nettoyage ethnique ou tournent en dérision les ruines de Gaza, Meta viole ses propres règles de sécurité et, plus grave encore, bafoue le droit international.
Selon les principes directeurs des Nations Unies, les entreprises ont l’obligation d’éviter de contribuer aux violations des droits de l’homme. En injectant des liquidités dans les poches de ceux qui promeuvent la colonisation — illégale selon le droit international — Meta ne se contente pas d’ignorer le conflit : elle s’y investit.
Le cercle vicieux de la violence rentableLe rapport est formel :
la monétisation agit comme un catalyseur. En récompensant le contenu qui « engage » sans égard pour l’éthique, Meta a transformé la haine en un secteur d’activité lucratif. Plus la violence est spectaculaire, plus elle est rentable.Il est temps de poser la question qui fâche : le sang des Palestiniens est-il devenu un simple indicateur de performance (KPI) pour les actionnaires de la Silicon Valley ? En Cisjordanie, l’escalade des attaques de colons en 2025 et 2026 n’est pas un phénomène isolé. Elle est alimentée, encouragée et désormais financée par une plateforme qui a troqué sa charte éthique contre des dividendes souillés par l’occupation.
Le silence de Meta n’est plus une omission, c’est une signature. Celle d’une complicité active dans la pérennisation de l’apartheid.