10 juin 2026

Par LHoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net

Il y a des sujets que l’on hésite à toucher. Non par manque de courage, mais parce que leur profondeur vous aspire — et que la réalité que l’on découvre en grattant la surface dépasse tout ce que l’imagination la plus sombre aurait pu concevoir. Le secteur de la santé au Maroc est l’un de ces sujets. Et aujourd’hui, je le touche. Je l’ouvre. Je l’expose.

Ce que vous allez lire n’est pas un pamphlet. C’est un état des lieux.

SA MAJESTÉ LE ROI : UN COMBAT SOLITAIRE CONTRE UN SYSTÈME GANGRENÉ

Soyons justes avant d’être sévères. Le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste n’a pas attendu que les Marocains crient leur douleur pour agir. Le chantier de la couverture médicale universelle — l’AMO, le RAMED, la généralisation de la protection sociale — représente l’un des efforts les plus ambitieux qu’un souverain ait portés pour son peuple dans l’histoire récente du Maroc.

Des milliards engagés. Une volonté royale claire, réitérée, documentée dans chaque discours du Trône. Une vision qui dit : aucun Marocain ne doit mourir faute de soins.

Mais voilà le drame. Entre la volonté du Roi et le citoyen qui souffre sur son lit d’hôpital, il y a un océan. Et cet océan est peuplé de requins en blouse blanche.

La question qui s’impose, *cruelle mais nécessaire, est la suivante :
*à quoi sert une réforme royale si des mains invisibles, organisées, systématiques, en vampirisent les fruits avant qu’ils n’atteignent le peuple ?*

LE LOBBYING PHARMACEUTIQUE : LA GUERRE SILENCIEUSE DES LABORATOIRES

Parlons d’abord de ce que l’on ne voit pas — ou plutôt de ce que l’on ne veut pas voir.

Les laboratoires pharmaceutiques opèrent au Maroc dans un cadre de régulation qui ressemble davantage à une fiction administrative qu’à une véritable architecture de contrôle. Les autorisations de mise sur le marché, les listes des médicaments remboursables, les prix homologués — autant de leviers sur lesquels pèsent des intérêts colossaux, des intérêts qui ne reculent devant rien pour préserver leurs marges.

Un médicament générique moins cher qui menace le chiffre d’affaires d’un princeps ? Il disparaît des pharmacies. Une molécule efficace mais peu rentable ? Elle n’entre jamais dans les protocoles des grands hôpitaux. Et ce n’est pas le hasard qui décide — c’est la corruption habillée en procédure réglementaire.

Le lobbyiste pharmaceutique marocain ne se présente pas à visage découvert. Il se glisse dans les couloirs du ministère, finance les congrès médicaux, offre les “voyages de formation” à l’étranger, et s’assure que les bonnes décisions tombent au bon moment. Le tout avec la bénédiction tacite d’un système qui a appris à ne pas voir.

L’AUTORISATION D’OUVERTURE D’UNE CLINIQUE : UN TARIF, UN BARÈME, UNE MAFIA

Venons-en maintenant au cœur du scandale. Celui que tout le monde dans le milieu connaît. Celui dont personne ne parle officiellement. Celui qui constitue, à mes yeux, l’une des corruptions les plus révoltantes de ce pays — parce qu’elle se nourrit directement de la maladie des gens.

Vous souhaitez ouvrir une clinique au Maroc ? Il existe un tarif. Non pas officiel, non pas affiché au guichet — mais connu, négocié, et réglé en liquide, dans des bureaux feutrés, par des intermédiaires qui savent exactement à qui remettre l’enveloppe.

Le prix se calcule au lit. Chaque lit autorisé a son tarif. Vous ajoutez la salle de bloc opératoire. La radiologie. Le scanner. La cafétéria — oui, même la cafétéria. Et pour chaque rubrique, il faut mettre quelqu’un de confiance : un parent, un associé, quelqu’un qui reverse sa part mensuelle au-dessus de la pyramide.

Parlons chiffres, parce que les chiffres ont le mérite de ne pas mentir. Certains responsables qui gèrent les autorisations dans ce secteur enregistrent des revenus mensuels — mensuels, je dis bien — qui dépassent les 400 000 euros. Quatre cent mille euros par mois. Ce n’est pas une erreur. Ce n’est pas une exagération. C’est la réalité d’un homme parmi d’autres mais surtout ce fonctionnaire noyé dans l’océan des crabes, qui a appris à pincer plus fort que les autres et la cerise sur le gâteau il occupe le poste le plus influent dans une fondation que je vais éviter de la nommer…. Et ils sont plusieurs planqués derrière faux slogans de patriotes mais plus des gangsteres a mes yeux….

Où va cet argent ? Dans des coffres-forts à domicile. Dans des investissements immobiliers sur tout le territoire marocain. Dans un train de vie qui crie sa propre culpabilité à qui veut bien regarder.

LA BLOUSE BLANCHE DES VOYOUS : PORTRAIT D’UN SYSTÈME SANS HONTE

Entrons maintenant dans les cliniques elles-mêmes. Ce que j’y trouve n’est pas rassurant.

Des fausses déclarations de personnel ? Monnaie courante. On déclare une infirmière diplômée — elle n’existe que sur le papier. Le diplôme, lui, se taille chez le couturier : même adresse, même tissu blanc, même apparence d’autorité. Un gardien de nuit qui fait des radios. Ce n’est pas une métaphore. Dans certaines cliniques — et je pense à une clinique à Rabat-Agdal par exemple où vous avez compris à qui je fais allusion — on apprend aux agents de sécurité à manipuler les équipements radiologiques. Parce que le radiologue coûte cher ou il ne faut le déranger le soir ou lors des week-ends prolongés et que le patient, lui, ne voit que le résultat imprimé.

Vous entrez en clinique pour une opération ? Vous payez avant d’entrer sur la table. Des chèques en garantie signés en blanc, avant même l’anesthésie. Et si vous refusez ? Bonne chance pour trouver un autre établissement dans les quarante-huit heures. Ils savent que vous n’avez pas le choix. Ils construisent leur pouvoir sur votre vulnérabilité. Je pèse mes mots, c’est une honte habillée d’un blouson du boucher clandestin.

Aucune mesure sérieuse contre les fausses déclarations. Aucun audit crédible du personnel. Aucune vérification des actes facturés. Un système de contrôle qui contrôle… les apparences. Car quand t’il s’agit du contrôle ils arrivent toujours à l’interrompre et à le réduire à néant.

LA QUESTION QUI DOIT TRAVERSER L’ESPRIT DE CHAQUE MAROCAIN

Je pose la question directement, sans détour :

Qu’est-ce qu’une réforme vaut si ceux qui sont chargés de l’appliquer en sont les premiers saboteurs ?

Qu’est-ce qu’un système de santé vaut si la maladie de certains devient le fonds de commerce d’autres ?

Et que valent nos institutions si une perquisition dans les résidences de certains directeurs de cliniques et médecins de renom ferait rougir les épisodes les plus sombres de la fiction policière ?

Je ne suis pas procureur. Je ne suis pas enquêteur judiciaire. Mais je suis chroniqueur et membre fondateur d’un journal, je suis sujet de sa majesté qui croit que le rôle de la presse est de dire ce que les autres taisent.Une vraie enquête des autorités compétentes sur ce secteur est non seulement justifiée — elle est urgente, (je vous invite à le faire cher ami)

UN MOT FINAL — ET UN AVERTISSEMENT

Ce que vous venez de lire sur la santé n’est qu’un premier chapitre. D’autres secteurs — et ils sont nombreux — feront l’objet de publications à venir dans ces colonnes. Parce que la corruption au Maroc n’est pas un fait isolé : c’est un écosystème. Et un écosystème se combat en l’exposant entièrement, pas en coupant une branche pendant que les racines prospèrent comme les bambous, ou la menthe pour rester dans le contexte du thé marocain….

1/Le Maroc mérite une santé digne.

2/Son peuple mérite des soignants qui soignent.

3/Son Roi mérite que ses réformes atteignent ceux pour qui elles ont été conçues.

À ceux qui se reconnaissent dans ces lignes : le silence de la presse n’est pas éternel. Et la mémoire du peuple, contrairement à ce que vous croyez, n’est pas à vendre.

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