20 juillet 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et Vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice

L’homicide d’Abderrahim Fakir, un ressortissant marocain de 42 ans survenu ce dimanche à Bologne lors d’une intervention policière, nous plonge dans une profonde indignation. Mais au-delà de l’émotion brutale provoquée par les images et les témoignages d’habitants entendant un homme appeler à l’aide avant de sombrer dans l’inconscience, ce drame nous impose de poser de lourdes interrogations structurelles sans aucun détour.

La force brute plutôt que la prise en charge : où sont nos services sociaux ?

D’après les premiers éléments rapportés, l’intervention policière faisait suite à une situation de crise ou de détresse psychologique. Nous sommes en droit de poser la question : où sont les services sociaux censés prendre en charge et accompagner ces cas de vulnérabilité extrême ? Pourquoi la réponse apportée à une détresse humaine relève-t-elle désormais quasi exclusivement de la réponse policière et de la contrainte physique ? Comment pouvons-nous accepter qu’une prise en charge censée protéger un homme en crise se transforme en une intervention létale, s’achevant par son étouffement au sol, mains et chevilles entravées, après l’usage de spray au poivre ?

Une nationalité ou un statut fragilisé comme facteur de risque ?

Abderrahim Fakir vivait légalement en Italie depuis l’âge de sept ans, y travaillait, mais se trouvait en proie à une angoisse administrative liée au renouvellement de son titre de séjour. Nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger : la perception du risque par les forces de l’ordre et le degré de violence déployé auraient-ils été identiques s’il s’était agi d’un citoyen italien ? La condition d’immigré ou de citoyen de seconde zone rend-elle ces violences fatales plus acceptables ou plus rapidement étouffées à nos yeux et à ceux des institutions ?

Une justice à double vitesse sous couvert de décrets de sécurité ?

La mobilisation immédiate du maire de Bologne et de la communauté locale pour réclamer la vérité contraste fortement avec l’application de procédures judiciaires récentes qui permettent de mener des enquêtes sans placer immédiatement les agents concernés sous le statut de suspects. Nous devons nous demander s’il s’agit d’un cadre garantissant une enquête impartiale ou d’un bouclier institutionnel supplémentaire pour prémunir les auteurs de cette intervention tragique de toute responsabilité pénale effective.

Le devoir de nos autorités consulaires

Si l’ambassade du Maroc en Italie a déclaré suivre l’affaire avec attention, nous devons exiger que la réponse diplomatique impose une transparence totale et des sanctions exemplaires si les fautes sont avérées. Le suivi consulaire ne doit pas se limiter à un soutien moral à la famille : nous attendons une exigence ferme de justice face aux dérives sécuritaires dont sont victimes les ressortissants à l’étranger.
Cet homicide ne peut être relégué au rang de simple « fait divers ». Il nous oblige à mener un examen rigoureux des méthodes du maintien de l’ordre, de la démission des services d’assistance sociale et des biais discriminatoires au sein des institutions.

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