
Par Lhoucine BENLAIL vice-président diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe
Jusqu’où le Royaume du Maroc, terre d’islam et d’Amir al-Mouminine, scellée par quatorze siècles d’histoire, acceptera-t-il de s’abaisser ? En août 2026, Miri Regev, ministre israélienne des Transports d’origine marocaine, a atterri à Marrakech à bord du vol inaugural d’Arkia, marquant la reprise des liaisons aériennes directes Tel-Aviv–Marrakech après près de trois ans d’interruption.Cette femme n’est pas une invitée anodine. Elle est celle qui a qualifié l’appel à la prière – l’adhan, ce chant sacré qui résonne cinq fois par jour depuis les minarets – d’« aboiement de chiens ». Une injure grossière, une humiliation délibérée de l’un des piliers de la foi musulmane. Et pourtant, le Maroc l’accueille. Officiellement ou en coulisses, peu importe : sa présence sur le sol national, à l’occasion de la relance des vols, est un fait.
Comment est-ce possible ? Comment un pays dont la Constitution et l’identité reposent sur l’islam peut-il dérouler le tapis rouge ?
– même discret – à une responsable politique qui a traité l’adhan de bruit animal ? Où est la dignité ? Où est le respect dû à près de deux milliards de musulmans pour qui cet appel sacré est le cœur battant de la vie quotidienne ? Où est la cohérence avec le soutien historique, populaire et massif à la cause palestinienne, alors que Gaza continue de saigner ?
Cette visite n’est pas isolée. C’est la troisième de Regev au Maroc depuis qu’elle occupe ses fonctions.
Elle se vante de ses racines larachies, parcourt le pays, multiplie les séjours. Pendant ce temps, les Accords d’Abraham avancent, les vols reprennent, les liens se renforcent… pendant que le peuple marocain, dans sa majorité, refuse cette normalisation et manifeste sa solidarité avec la Palestine.

L’incohérence atteint son paroxysme lorsque l’on observe la politique religieuse interne. D’un côté, le ministère des Habous s’évertue à brider la beauté de l’appel à la prière, interdisant l’expression esthétique et l’art vocal au nom d’un « cachet » local arbitraire, privant les croyants des plus nobles mélodies. De l’autre, ce même appareil d’État déroule le tapis rouge à des responsables extérieurs qui ont ouvertement avili ce même adhan. Comment tolérer que l’on exige une sobriété contrainte des muezzins locaux tout en absolvant le mépris de ceux qui ont profané la sacralité de leur chant ?Cette diplomatie du fait accompli sacrifie l’éthique sur l’autel de la géopolitique et du commerce. En fermant les yeux sur le racisme et la déshumanisation prônés par certains ministres du gouvernement israélien, les décideurs opèrent une rupture béante avec le sentiment populaire et la tradition historique de solidarité avec la Palestine.
Qui décide vraiment ?
Au nom de quels intérêts stratégiques, économiques ou diplomatiques sacrifie-t-on l’honneur religieux ? Accepter une personnalité qui a insulté l’adhan, c’est accepter que le sacré soit piétiné sur le sol même où il résonne. C’est envoyer un message clair : le business et la géopolitique primeraient sur la foi, sur la sensibilité de près de deux milliards de fidèles, sur le respect élémentaire.
Les avocats marocains avaient déjà tenté, lors d’une précédente visite, de la faire juger. La justice a rejeté. Cette fois encore, le silence officiel domine. Mais le peuple, lui, n’est pas sourd. Les réseaux s’enflamment. Les questions fusent : jusqu’à quand le Maroc restera-t-il le terrain de jeu de responsables israéliens aux propos haineux ? Jusqu’à quand l’adhan sera-t-il traité comme un simple bruit gênant par ceux que l’on invite ?
Cette affaire n’est pas un détail protocolaire.
C’est un symptôme.
Symptôme d’une normalisation qui avance sans le consentement populaire. Symptôme d’un double langage qui parle de « coexistence » tout en accueillant ceux qui méprisent les symboles les plus intimes de l’islam. Symptôme d’un pouvoir qui semble prioriser les Accords d’Abraham sur la dignité nationale et religieuse.
L’alarme est lancée. Elle est véhémente,
parce que l’insulte est intolérable. Elle est dénonciatrice, parce que l’accueil de celle qui a comparé l’adhan à des aboiements de chiens est une trahison des valeurs affichées. Elle est questionneuse, parce que les autorités doivent des réponses claires au peuple. Et elle est pertinente, parce que l’honneur d’une nation se mesure aussi à ce qu’elle refuse d’accepter sur son sol.
Aucune alliance stratégique, aucun accord commercial ne saurait justifier que l’on brade l’identité et la dignité d’une nation. Le silence officiel face à cet outrage n’effacera pas l’indignation : l’histoire retiendra que l’on ne bâtit rien de durable sur le piétinement de ses propres valeurs.
Le Maroc mérite mieux. Les Marocains méritent mieux. L’adhan mérite mieux que d’être réduit au silence diplomatique face à ceux qui l’ont insulté.
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