
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe
Le spectacle était presque gênant. Le 16 octobre 2025 à Moscou, Nasser Bourita se tenait aux côtés de Sergueï Lavrov pendant que ce dernier martelait, avec son sérieux habituel, que le droit international doit s’appliquer « dans son intégralité et son interdépendance, et non de manière sélective ».
Et Bourita ? Il hochait la tête. Poliment. Comme un élève qui écoute la leçon sans oser lever la main.
Le problème, c’est que cette belle phrase sur la cohérence du droit international sonne comme une claque quand on la met en face de la réalité marocaine. Parce que le Maroc a bel et bien choisi une application très sélective de ce même droit.
D’un côté, Rabat exige que l’intégrité territoriale soit sacrée et que le Sahara soit reconnu comme marocain. De l’autre, il normalise avec un État qui poursuit méthodiquement une politique de colonisation en Cisjordanie, pourtant condamnée depuis des décennies par les résolutions de l’ONU. On ne peut pas réclamer le respect absolu du droit international pour soi tout en s’alliant avec celui qui le piétine le plus ostensiblement ailleurs.
C’est exactement ce que Lavrov appelle « l’application à la carte ». Et Bourita, en acquiesçant sans broncher, s’est retrouvé dans la position inconfortable de celui qui applaudit un principe qu’il pratique lui-même de façon très opportuniste.
Cette diplomatie du grand écart commence à sentir le renfermé. On ne peut pas indéfiniment défendre la souveraineté quand ça nous arrange et fermer les yeux quand ça arrange nos nouveaux partenaires. À un moment, il faut choisir : soit on assume pleinement le réalisme cynique, soit on arrête de donner des leçons de droit international à la terre entière.
Le silence crispé de Bourita à Moscou en disait plus long que tous les communiqués officiels.