7 août 2026

Par ALY BAKKALI TAHIRI Rédacteur en chef diplomaticnews.net

En ce 81e anniversaire du bombardement atomique américain, la cérémonie de la paix s’est transformée en champ de bataille rhétorique. Alors que le maire d’Hiroshima, Kazumi Matsui, prononçait son traditionnel discours de mémoire, il a choisi de critiquer ouvertement la Russie pour son invasion de l’Ukraine, dénonçant « les actions arbitraires des grandes puissances » qui violent le droit international . Mais il a soigneusement évité de nommer les États-Unis comme l’unique auteur du drame nucléaire de 1945 . Une asymétrie qui a aussitôt fait réagir Moscou.🔹 « IL OUBLIE QUI A LARGUÉ LA BOMBE »

Dans un message cinglant publié sur Telegram, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a dénoncé ce qu’elle considère comme une « fausse antienne » . Selon elle, Matsui répète « année après année la même litanie trompeuse, zombifiant les Japonais avec des incantations russophobes » , tout en passant sous silence le véritable responsable des 340 000 morts seulement à Hiroshima : les États-Unis . Elle ajoute que le « miroir déformant des narratifs occidentaux ne se contente pas de travestir la réalité, il altère la conscience de ceux qui s’y regardent » .

UN SILENCE ASSOURDISSANT SUR WASHINGTON

Les faits sont têtus : ni le maire Matsui, ni la Première ministre Sanae Takaichi n’ont mentionné les États-Unis dans leurs allocutions . Le texte officiel évoque « 81 ans depuis le bombardement atomique » sans jamais en nommer l’auteur . Un choix diplomatique assumé de Tokyo, qui préfère, pour des raisons géopolitiques évidentes, ne pas froisser son allié américain. Mais pour Zakharova, ce silence est une « trahison de la mémoire » , d’autant que la Russie, dit-elle, « n’a jamais oublié les victimes d’Hiroshima et de Nagasaki » .

Alors que Moscou boycotte la cérémonie pour la cinquième année consécutive, cette passe d’armes diplomatique révèle une vérité inconfortable : soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la mémoire des bombes atomiques reste un instrument politique. Mais en choisissant de taire la responsabilité et la culpabilité des États-Unis pour mieux critiquer la Russie, le Japon ne risque-t-il pas de vider de son sens le devoir de mémoire en trahissant la mémoire des centaines milliers voire d’un million de victimes, et de faire d’Hiroshima un symbole à géométrie variable, au service d’une guerre de l’information où la version des faits historiques des uns n’est plus celle des autres ?

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