1 août 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice


Quand un règne chasse sa jeunesse vers la mer pendant que le trône se célèbre en grande pompe

L’écart est vertigineux. Jeudi 30 juillet 2026, des dizaines de milliers de jeunes Marocains – parfois des enfants de 10 ans – se jettent à l’eau, grimpent les clôtures ou courent en tongs vers Ceuta. Environ 50 000 à 60 000 personnes réussissent à pénétrer dans l’enclave espagnole, soit près de 70 % de sa population. Au moins 34 morts par noyade, peut-être bien plus. Un chaos humanitaire absolu.

Au même moment, à quelques kilomètres à peine, à M’diq, la nomenklatura, les dignitaires et jusqu’à Gianni Infantino, président de la FIFA, affluient pour fêter les 27 ans de règne de Mohammed VI. On célèbre. On s’incline. On prête allégeance. Infantino ose même déclarer que le Mondial 2030 sera « la meilleure Coupe du monde, car elle se jouera dans le plus beau pays du monde ». Pendant que des corps flottent et que des adolescents désespérés crient « Viva España ! », le trône danse. Qui est responsable de cette catastrophe humanitaire ?

Un règne qui chasse ses propres citoyens

Ces jeunes ne fuient pas une guerre étrangère. Ils fuient la misère institutionnalisée, le chômage qui frappe plus d’un tiers des 15-24 ans, l’absence d’avenir, la « hogra » (l’humiliation sociale), l’injustice et l’indifférence d’un système qui préfère les stades pharaoniques aux hôpitaux et aux emplois. « Chez nous au Maroc, les rêves nous tuent », confie l’un d’eux. Des dizaines de milliers tentent l’impossible… pour la plupart revenir, affamés, épuisés, humiliés, après quelques heures seulement. Un exil de quelques heures qui révèle tout le vide.

Et pendant ce temps, le roi célèbre. Pas un mot officiel du palais sur les morts. Pas une réaction publique face à l’hémorragie de sa jeunesse. La Fête du Trône continue, comme si de rien n’était. Les élites s’inclinent. Les régions envoient leurs représentants. Le spectacle monarchie continue.

Roi du Maroc… ou roi des Marocains ?

Voici la question brûlante. En Belgique, la Constitution est claire : le souverain est « Roi des Belges ». Il règne sur un peuple, pas seulement sur un territoire. Au Maroc, le titre officiel est « Roi du Maroc ». Roi d’un pays, d’un territoire, d’une institution… mais des citoyens ? Quand le règne pousse des milliers de jeunes à risquer la mort pour quitter leur terre, quand la jeunesse préfère la mer aux promesses du trône, que reste-t-il du lien entre le monarque et son peuple ?

Un roi des Marocains protégerait d’abord ses enfants. Il investirait dans l’éducation, la santé, les emplois dignes plutôt que dans le prestige du Mondial 2030 et les célébrations de palais. Un roi des Marocains ne laisserait pas sa jeunesse devenir statistique de l’OIM ou chair à canons d’une crise diplomatique avec l’Espagne. Un roi des Marocains ne célébrerait pas pendant que ses sujets se noient à quelques kilomètres.

Qui est responsable ?

  • Le système monarchie et ses priorités inversées : prestige international, grands projets, image du « Maroc moderne »… pendant que la jeunesse étouffe.
  • Les élites qui prêtent allégeance sans interroger le prix humain.
  • L’Europe, qui externalise le contrôle migratoire tout en fermant les yeux sur les causes.
  • Et, au sommet, un règne qui, après 27 ans, voit encore sa jeunesse préférer la mort possible à rester chez elle.

Méfiez-vous des discours triomphants. Méfiez-vous des célébrations de trône pendant que la jeunesse fuit. Méfiez-vous d’un modèle qui construit des stades pour 2030 tout en laissant des milliers de jeunes mourir ou revenir brisés.

Mohammed VI est-il vraiment le roi des Marocains ? Ou seulement le roi d’un Maroc qui ne retient plus sa jeunesse ? La réponse est dans la mer, dans les corps noyés, dans les regards désespérés de ceux qui, pour quelques heures, ont cru toucher l’Europe… avant de devoir rentrer dans un pays qui les a déjà abandonnés.

Assez de fêtes du trône. Il est temps de rendre le peuple souverain de son propre destin.

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