
Par le rédacteur en chef ALY BAKKALI TAHIRI
Nous assistons sans doute à l’un des spectacles les plus cyniques et les plus dangereux de l’histoire moderne.
Une démonstration en direct et sous les projecteurs des médias du deux poids, deux mesures qui achève de détruire le peu qu’il restait de l’architecture légale internationale.
D’un côté, la menace retentit depuis Washington : arrêter la délégation diplomatique iranienne en pleine Assemblée générale des Nations Unies à New York. En prétendant transformer le siège même du multilatéralisme en piège judiciaire ou politique, la puissance américaine ne fait pas que braver Téhéran ; elle viole ouvertement l’accord de siège de 1947 et piétine l’immunité diplomatique, condition fondamentale sans laquelle aucune discussion entre nations n’est possible. Une provocation d’autant plus suicidaire qu’elle a immédiatement provoqué l’ultimatum des Gardiens de la Révolution, menaçant de transformer chaque officiel, citoyen ou intérêt américain et allié à travers le globe en cible légitime. On marche sur la tête.Mais l’absurdité atteint son paroxysme lorsqu’on contemple l’autre face de cette pièce de théâtre géopolitique. Pendant que l’on menace de fers des diplomates envoyés à l’ONU, quel traitement réserve-t-on à ceux qui font l’objet de véritables mandats d’arrêt émis par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ? Pour Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, la réalité est tout autre : tapis rouge, réceptions officielles et tribunes d’honneur.
Au Congrès américain, un dirigeant poursuivi par la justice internationale a été ovationné à tout rompre, dans une scène d’asservissement politique si grotesque qu’il a lui-même dû réclamer le silence aux parlementaires pour pouvoir dérouler son discours. En Europe, les chancelleries balbutient, hésitent et se contorsionnent pour ne pas avoir à appliquer le Statut de Rome qu’elles ont pourtant signé, prouvant que la justice humaine s’arrête là où commencent les les menaces et ou alliances stratégiques.
Pire encore que ce double standard déhonté,
nous assistons à une guerre ouverte déclarée aux juges eux-mêmes. Interdictions de séjour sur le sol américain, blocages de comptes bancaires, sanctions financières et politiques : la première puissance mondiale s’en prend ouvertement magistrats et procureurs de la CPI pour le simple crime d’avoir fait leur travail et appliqué le droit.
Le message envoyé au reste du monde est d’une clarté terrifiante : le droit international n’est plus une règle universelle, mais un fouet réservé aux soumis et aux ennemis du jour. Lorsque les criminels présumés reçoivent des hauts honneurs pendant que les juges qui les poursuivent sont traités en parias, ce n’est pas seulement le système judiciaire qui s’effondre. C’est la loi du plus fort qui s’impose définitivement comme seule norme, ouvrant la porte à un monde sans règles où la vengeance et le chaos feront désormais office de seule justice.