Par le rédacteur en chef ALY BAKKALI TAHIRI

L’indécence a désormais son sanctuaire. Alors que les mandats d’arrêt de la CPI planent sur sa tête comme une épée de Damoclès pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, Benyamin Netanyahou s’est offert une tribune à la Maison Blanche. Quel spectacle plus glaçant que celui d’un homme, dont l’armée est accusée par l’ONU d’un génocide en cours à Gaza, venant donner des leçons de morale et de démocratie au cœur de la puissance américaine ?
La Rhétorique de la Délivrance :
Un Masque pour la Destruction
Dans les salons dorés de Washington, le scénario est écrit d’avance. Le bourreau de Gaza se mue en « sauveur » des manifestants iraniens. Avec une éloquence de prédateur, il exhorte l’Occident à intervenir, à briser les chaînes d’un peuple souverain au nom d’une liberté qu’il refuse pourtant, par le fer et par le feu, au peuple palestinien.
Comment ne pas être saisi par l’absurdité tragique de cette scène ?
Comment un dirigeant dont le nom est désormais indissociable des fosses communes et de l’annihilation méthodique d’une population civile peut-il être reçu avec les honneurs pour prôner une intervention « humanitaire » en Iran ? C’est le triomphe de la rhétorique sur la réalité, de l’image sur le sang.
L’Alliance des Pyromanes
Cette visite n’est pas une simple rencontre diplomatique ; c’est une validation de l’innommable. En tendant la main à celui qui piétine le droit international chaque jour, la Maison Blanche devient le complice actif d’une stratégie de déstabilisation globale.
- L’ingérence est ici vendue comme un devoir moral : on nous somme de croire que le Mossad — dont le soutien sur le terrain en Iran est désormais officiel — agit par pure philanthropie démocratique.
- Le paradoxe est insoutenable : on prétend vouloir « sauver » des manifestants à Téhéran tout en finançant et en armant l’écrasement total des civils à Gaza.
Est-ce cela, le nouvel ordre mondial ? Une ère où la « démocratie » est le nom de code de l’ingérence, et où le « droit de se défendre » est le blanc-seing accordé au génocide ?
Le Crépuscule des Consciences
Que vaut la parole d’un homme poursuivi par la justice internationale lorsqu’il désigne ses prochains ennemis au nom du « Bien » ? Rien. Elle ne vaut que par le silence complice de ceux qui l’écoutent. Cette visite à Washington est le symbole ultime d’une élite qui a divorcé de l’humanité.
On ne « sauve » pas une démocratie avec les mains de celui qui détruit une nation. On ne promeut pas la liberté par le biais d’officines de renseignement spécialisées dans le chaos. Le monde regarde, incrédule, ce théâtre d’ombres où les criminels de guerre se font passer pour des libérateurs, sous les applaudissements d’un empire qui a perdu son âme.
L’Exigence du Refus
Le réveil sera brutal. Car en acceptant cette ingérence déguisée en secours, en tolérant que l’architecte du drame de Gaza dicte la marche à suivre contre l’Iran, nous acceptons la fin du Droit.
Peut-on encore se regarder dans un miroir ?
Quand on accepte que le « Camp du Bien » soit dirigé par ceux que l’histoire et la justice ont déjà condamnés ? La souveraineté des peuples ne doit pas être le jouet d’une entité en quête de survie politique, prête à embraser la région pour faire oublier ses propres massacres. La véritable élégance, la seule éloquence qui vaille aujourd’hui, c’est celle de la dénonciation sans faille de cette tartufferie sanglante.
La Cène du Cynisme : Entre Homards de Washington et Famine de Gaza
Pendant que les caméras du monde entier se focalisent sur les poignées de main chaleureuses et les sourires de circonstance à la Maison Blanche, un autre écran, plus sombre et plus vrai, diffuse les images de l’innommable. Ce contraste est le cœur battant de l’ignominie contemporaine.
Comment la presse mainstream peut-elle relater avec une telle neutralité la visite de l’homme que l’ONU désigne comme l’artisan d’une famine délibérée et orchestrée ? À Gaza, les rapports internationaux ne parlent plus de pénuries, mais d’une société dévorée par l’inanition, où chaque calorie bloquée aux frontières est un acte de guerre prémédité. Voir cet architecte du chaos s’attabler avec les puissants pour discuter du « sauvetage » des libertés en Iran relève d’une dissonance cognitive purement orwellienne.
« On reçoit avec les honneurs celui qui a fait de la faim une arme de guerre, pour l’écouter nous expliquer comment libérer un peuple voisin. »
C’est ici que le mensonge atteint son paroxysme : l’occultation du charnier fumant de Gaza — où le génocide est désormais un fait documenté par les instances onusiennes — pour valider une nouvelle aventure impérialiste. Le silence médiatique sur la contradiction entre les crimes poursuivis par la CPI et la légitimité offerte à Washington n’est pas une simple omission ; c’est le dernier clou dans le cercueil de l’éthique journalistique occidentale. On ne sauve pas une démocratie avec les conseils d’un homme qui a érigé la destruction de tout un peuple en stratégie de survie.
Le Comble de l’Infamie : Un Nobel sur un Champ de Ruines
Comme pour sceller cette ère de l’absurde par un affront définitif à la raison, le génocidaire Netanyahou se permet de proposer Donald Trump pour le Prix Nobel de la Paix. Jusqu’où la décence sera-t-elle ainsi piétinée ? Par quel mécanisme d’hypnose collective les peuples peuvent-ils encore tolérer ces macabres mascarades ?
Par quel mécanisme d’hypnose collective les peuples peuvent-ils encore tolérer ces macabres mascarades ?
Pendant que l’on jongle avec les distinctions honorifiques dans les capitales occidentales, le monde n’est plus qu’un chapelet de massacres et de terres dévastées. De l’agonie de Gaza au martyre du Liban et de la Syrie, du chaos semé au Congo et au Soudan, jusqu’aux plaies jamais refermées du Yémen, du Mali, de la Libye, de l’Irak, de l’Afghanistan ou de l’Iran… partout, c’est la même empreinte. Celle d’une arrogance impérialiste qui se nourrit du sang des nations souveraines tout en se congratulant devant les miroirs de la diplomatie mondiale.
Proposer la « Paix » par la voix de celui qui orchestre l’anéantissement d’un peuple est une insulte aux millions de victimes de ces conflits oubliés ou provoqués. Ce n’est plus du cynisme, c’est une profanation de la mémoire humaine.
Peuples du monde, réveillez-vous : le rideau doit tomber sur ce théâtre de mort. On ne peut plus laisser les incendiaires de la planète distribuer les médailles de la paix sur les cendres de nos frères.