
Par ALY BAKKALI TAHIRI, Rédacteur en chef
Alors que les cieux de Gaza ne sont plus que des linceuls de soufre et que le cri des orphelins déchire le silence complice du monde, un spectacle plus sinistre encore se joue dans les palais feutrés de la Péninsule. Sous le vernis d’une « modernisation » galopante et d’une « stabilité » de façade, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ne se contentent plus d’une neutralité coupable ; ils orchestrent une trahison historique qui fera frémir les générations futures. L’hypocrisie a atteint son paroxysme : on verse des larmes de crocodile devant les caméras, tandis qu’en coulisses, on scelle le sort de la Oumma avec le sang des opprimés.
Cette déchéance n’est pourtant pas une surprise pour qui connaît les sources authentiques. Le Messager Muhammad (Prière et Salut sur Lui et sa famille) avait lui-même averti les Arabes, avec une tristesse profonde, des malheurs qui fondraient sur eux. Comment ne pas voir l’accomplissement de ses paroles lorsqu’il s’écriait : « Malheur aux Arabes pour un mal qui s’est approché » ? Il avait prédit ce temps où les nations se ligueraient contre nous « comme des affamés autour d’un plat », non par manque de nombre, mais parce que les cœurs seraient atteints par le « Wahn » : l’amour excessif de ce bas monde et la crainte de la mort.
Plus grave encore, le Messager Muhammad (Prière et Salut sur Lui et sa famille) a posé un avertissement ultime contre l’apostasie politique et spirituelle de ceux qui délaissent leur mission. Lorsqu’on l’interrogea sur le verset coranique : « Et si vous vous détournez, Il vous remplacera par un peuple autre que vous, et ils ne seront pas comme vous » (Sourate Muhammad, v. 38), il posa sa main sur l’épaule de Salman le Perse et déclara :« Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, si la foi se trouvait au niveau des Pléiades, des hommes parmi ceux-là [les Perses] l’auraient atteinte. »
C’est un pacte de sang :
Aujourd’hui, alors que les capitales arabes s’agenouillent devant la technologie génocidaire, l’axe de la dignité semble s’être déplacé vers ceux qui, au-delà des frontières ethniques, refusent l’humiliation.
Avant le 7 octobre 2023, la trahison avançait masquée derrière les « Accords d’Abraham ». Mais depuis que le génocide a commencé, le masque est tombé pour laisser place à une complicité structurelle. Comment comprendre que le berceau de l’Islam puisse aujourd’hui confier les clés de sa sécurité à l’entité même qui extermine ses frères ? Les géants de l’armement israélien n’ont plus seulement des clients dans le Golfe ; ils y ont des bureaux permanents. En ce début d’année 2026, l’entité sioniste dispose d’un monopole de fait sur la protection des infrastructures critiques saoudiennes.
C’est un pacte de sang :
on achète la survie technologique d’un régime avec la science du massacre perfectionnée sur les corps des Palestiniens.
Plus effroyable encore est la colonisation financière. Alors que le Palestinien est dépossédé de sa terre, l’Arabie saoudite vient d’ouvrir ses vannes immobilières en ce mois de janvier 2026. Sous couvert de la « Vision 2030 », la terre sacrée est offerte à l’investissement et même à la naturalisation de ceux-là mêmes qui exécutent le génocide. L’investisseur de l’entité occupante est accueilli à bras ouverts à Neom ou à Riyad, comme si l’or pouvait laver le sang des linceuls.
Mais aucun fleuve d’or ni aucune cité de verre ne sauraient effacer les taches pourpres qui maculent désormais les mains de ceux qui ont choisi le commerce avec les bourreaux.
Cette prétendue rivalité entre Riyad et Abou Dhabi n’est en réalité qu’une querelle de boutiquiers sur le dos d’un peuple agonisant. Tandis qu’ils se disputent l’influence au Yémen ou au Soudan, ils s’accordent sur l’essentiel : la pérennité d’un système où l’entité sioniste devient le pilier central de leur survie politique. Vendre des armes, échanger des renseignements, offrir des passeports : voici la nouvelle trinité de cette diplomatie de l’infamie.
L’histoire est une juge implacable, et les prophéties sont des miroirs où se reflète notre propre déchéance. Elle ne retiendra pas le nombre de gratte-ciels construits, ni la splendeur des cités futuristes érigées sur le sable. Elle retiendra que, face au plus grand crime contre l’humanité de ce siècle, les puissances du Golfe ont choisi le profit plutôt que la prophétie, et la sécurité des tyrans plutôt que la justice pour les martyrs.
Le crépuscule de l’honneur a sonné, laissant Gaza seule sous les bombes, trahie par ceux-là mêmes qui auraient dû être ses remparts. En tournant le dos à la détresse de leurs frères, ils confirment les avertissements solennels du Messager Muhammad (Prière et Salut sur Lui et sa famille) : celui d’un remplacement irréversible par des peuples dont la foi n’est pas à vendre et dont la dignité ne se négocie pas dans les salles de marché. Le sang des linceuls crie vers le ciel, et ce cri finira par ébranler les trônes de ceux qui ont cru pouvoir l’ignorer.