4 mars 2026

Derrière les communiqués policés du 2 mars 2026, le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, s’est rendu à Rabat pour mettre en œuvre concrètement la Déclaration conjointe signée le 23 octobre 2025 avec Nasser Bourita. Cette « feuille de route mesurable », comme l’a présentée le ministre lui-même, repose sur trois piliers qui font froid dans le dos : dialogue global de sécurité, modernisation de la coopération judiciaire et, surtout, approfondissement de la coopération migratoire.

Pour les 800 000 personnes d’origine marocaine vivant en Belgique – citoyens belges pour beaucoup, binationaux pour d’autres –, les conséquences sont déjà écrites.

La coopération migratoire, présentée comme « fluide, humaine et responsable », signifie en réalité l’accélération massive des retours forcés. Sans-papiers, déboutés de l’asile, travailleurs précaires soudainement irrégularisables : des familles vont être déchirées, des jeunes nés en Belgique renvoyés vers un pays qu’ils ne connaissent pas. Rabat, en échange du soutien belge au plan d’autonomie saharien, ouvre enfin grand les vannes des réadmissions. La Belgique vide ses centres fermés ; le prix est payé par la diaspora.

Le deuxième pilier – la « modernisation de la coopération judiciaire » – est plus toxique encore. Échange d’informations, entraide judiciaire renforcée, harmonisation des procédures. Sur le papier, c’est technique. Dans les faits, c’est le rêve du régime marocain : pouvoir pister plus facilement les voix dissidentes installées en Europe. Affaire Pegasus, harcèlements consulaires, militants du Rif ou sahraouis menacés jusqu’à Bruxelles : avec une coopération judiciaire « modernisée », Rabat pourra demander plus aisément extraditions, perquisitions, gels de comptes sous prétexte de terrorisme ou de séparatisme. Les opposants politiques, journalistes, simples critiques sur les réseaux sont-ils désormais en danger accru ? La question n’est pas paranoïaque. Elle est urgente. Qui définit les critères quand les services de sécurité belges et marocains dialoguent « globalement » ?

Quant à l’idée que cette visite viserait à dresser le listing des immigrés possédant biens immobiliers ou ressources financières, rien dans les déclarations officielles, ni dans les articles de L’Opinion, Sudinfo, RTL, La Libre ou Medi1, ne l’indique. Aucun volet fiscal, aucun échange de données bancaires ou cadastrales n’est mentionné. Ce serait trop visible. Le régime dispose d’autres leviers – pression consulaire, incitation « patriotique » – pour faire rentrer l’argent de la diaspora.

Mais le vrai danger est plus insidieux. La coopération sécuritaire et judiciaire facilite l’échange d’informations. Un opposant fiché à Rabat verra-t-il soudain son dossier remonter chez la Sûreté de l’État belge ? Les données migratoires (adresses, situations familiales) ne serviront-elles pas de base à un fichage plus large ? Le régime n’a jamais caché son obsession pour « ses » Marocains à l’étranger : loyauté obligatoire, silence sur le Sahara, contributions financières encouragées. Avec une Belgique qui a besoin de Rabat pour expulser, le rapport de force est déséquilibré. La diaspora paie l’addition.

Maxime Prévot parle de « partenariat stratégique » et de « confiance mutuelle ». Belle rhétorique. En réalité, on échange le soutien diplomatique belge sur le Sahara contre des expulsions facilitées et un contrôle accru sur les voix critiques.

Combien de retours supplémentaires sont prévus ?
Quels garde-fous protègent réellement les opposants politiques ?
Quelles garanties que les données partagées ne serviront pas à la répression ?

Les dépêches du 2 mars 2026 le confirment : il ne s’agit pas d’une visite de courtoisie. C’est un deal. Et dans ce deal, la diaspora n’est pas l’invitée d’honneur. Elle est la monnaie d’échange.

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