8 juin 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net

C’est une annonce qui aurait dû faire trembler les institutions, un séisme financier et moral qui, pourtant, s’est dissous dans l’indifférence feutrée des communiqués administratifs. Plus de 175 millions d’euros. Voilà le prix du silence. Voilà la somme colossale versée par la Banque Centrale Populaire (BCP) et sa filiale Chaabi Bank du Maroc pour éteindre définitivement l’action publique en Belgique.
Sous le vernis d’une « transaction pénale », ce mécanisme prétendument moderne de régulation, se cache une réalité infiniment plus sombre. Une réalité où la justice se négocie au guichet, où la souveraineté d’un État s’efface devant le carnet de chèques des géants de la finance. Comment accepter qu’un système bancaire étranger puisse opérer, des années durant, hors de tout cadre légal sur le sol national, pour ensuite simplement s’acheter une amnésie judiciaire ?

« Certes, ALLAH commande l’équité, la bienfaisance… » (Coran 16:90). Mais où est l’équité quand la loi n’est plus la même pour tous ? Où est la justice quand les puissants s’affranchissent des règles par le simple pouvoir de leur capital ?

Une Clarté de Façade pour une Opacité Systémique

Les faits, bien que relégués au rang de simples manquements techniques par la rhétorique lissante des avocats, sont d’une gravité sans précédent. Offre illégale de services bancaires, d’investissements et d’assurances sans le moindre agrément, blanchiment, détournement. Ce n’est pas une simple erreur administrative ; c’est une méthode. Un système parallèle mis en place au cœur même de nos villes – à Bruxelles, à Molenbeek, à Anvers – au mépris absolu des lois qui régissent la communauté.
Il est impératif de regarder la vérité en face, sans complaisance. On ne peut se contenter de valider la conclusion simpliste selon laquelle « l’affaire est close puisque la somme est payée ». C’est juste le contraire. Le paiement de cette amende record n’est pas une victoire de l’État de droit ; il en est le constat d’échec. Il démontre qu’avec des ressources suffisantes, une entité financière peut s’extraire de la rigueur d’un procès public.

Palais de Justice de Bruxelles

Le Grand Procès Manqué : Les Questions que l’on Veut Étouffer

Le parquet fédéral s’empresse de préciser que cette transaction « ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité ». Quelle hypocrisie ! Quelle acrobatie sémantique ! Qui accepte de débourser 175 millions d’euros – une somme astronomique – si ses pratiques étaient irréprochables ? Cette formule de non-reconnaissance de culpabilité n’est qu’un bouclier de communication destiné à préserver la réputation d’institutions qui ont pourtant violé les règles du jeu.
Ce dénouement soulève des questions fondamentales que le pouvoir politique et judiciaire feint d’ignorer :

  • Quelle est la nature réelle des flux financiers qui ont transité par ces canaux illégaux ? Si le blanchiment est évoqué, à quoi ou à qui ces fonds ont-ils réellement servi avant que les perquisitions de 2020 ne viennent interrompre le mécanisme ?
  • Quel signal envoie-t-on aux citoyens et aux petits épargnants ? Le message est d’une clarté limpide et terrifiante : si vous fraudez à petite échelle, vous ferez face à la prison et à la déchéance ; si vous fraudez à l’échelle industrielle, vous négociez un tarif forfaitaire.
  • Où s’arrête la complicité passive des régulateurs ? Comment de telles activités ont-elles pu se déployer de manière aussi tentaculaire avant que l’alerte ne soit enfin donnée ?

Vers une Justice à Deux Vitesses

Le texte de cette affaire est le miroir d’une réalité globale : un système macroéconomique qui utilise le secret, l’influence et parfois l’asphyxie des règles locales pour asseoir sa domination. Le sauveur financier qui vient abonder les caisses de l’État par le biais d’une transaction pénale n’est qu’un opérateur qui a appris à chiffrer le coût du risque pénal. L’amende n’est plus une punition, elle devient une simple ligne de coût opérationnel dans le bilan comptable d’une multinationale.
On ne naît pas avec la compréhension innée des arcanes de la finance internationale, mais l’analyse rigoureuse de ces événements ne laisse place à aucun doute. L’ouïe doit ici devancer la vue : il faut écouter le silence assourdissant qui entoure les détails de cet accord pour voir la fragilité de nos institutions face aux puissances de l’argent.
Ne nous y trompons pas. L’extinction des poursuites devant le tribunal correctionnel de Bruxelles n’est pas la fin de l’histoire. Elle est le point de départ d’une exigence de transparence totale que les citoyens doivent opposer à la complaisance des élites. Car lorsque la justice devient une marchandise, c’est la démocratie elle-même qui fait faillite.

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