Par Farah BAKKALI
- À Sa Majesté le Roi,
- Moi, Bakkali Farah, Marocaine et fière de l’être, je m’adresse à Vous avec respect, car je Vous ai toujours aimé, bien que je vive en Belgique depuis toujours.
- Je me tourne vers la seule personne que je pense être en mesure de vous élever contre l’ignominie qui se déroule au Maroc chaque année depuis 1956 : l’élimination brutale et choquante de ces êtres pleins d’amour que sont les chiens. Ils sont tués en plein jour, au vu et au su de tous, et la nuit, par le poison ou par des balles, dans une cruauté sans nom.
- Nous sommes musulmans, et ce mot n’est pas qu’un nom : c’est une conduite, un respect des valeurs, une éthique, une morale. Comment, dans un pays si beau qui avance grâce à ses rêves et ses réussites, peut-on tuer un animal que ALLAH a choisi ? Dans la sourate La Caverne, ALLAH n’a pas choisi le tigre : Il a choisi le chien pour sa fidélité et lui a accordé Sa rahma (miséricorde). Comment pouvons-nous tolérer cela ? Je ne le comprends pas, et j’en pleure souvent.
- L’argent et la corruption, cette maladie transmise de génération en génération, nous détruisent et nous empêchent de grandir. Si la miséricorde commençait au bas de l’échelle, Votre Altesse, nous pourrions alors élever notre humanité. Aujourd’hui, nous faisons tout à l’envers, sans scrupules, guidés par l’argent que personne n’emportera avec soi. Quels seront nos bagages devant ALLAH et devant notre propre conscience ? Il n’y a plus que tricherie, manipulations et mensonges. Plus personne ne veut ouvrir son âme, alors même qu’un simple bonjour est une aumône.
- Il n’y a plus de respect lorsque nous tuons nos compagnons les plus fidèles, ceux qui cherchent avant tout à nous aimer, à nous servir et qui vont jusqu’à se sacrifier pour nous. Ils gardent nos bétails et nos maisons, sont les yeux des aveugles, les jambes des handicapés et sauvent des vies lors des séismes. Ils nous font sentir uniques, alors que nous avons si fort besoin de bienveillance.
- L’excuse de la rage est souvent avancée. Oui, la rage existe, mais en Europe, nous sommes obligés de les vacciner et de les stériliser, et les cas y sont devenus rares. La municipalité porte sur son dos le massacre de ces anges. Ses responsables n’auront nulle part où se cacher devant Dieu. La compassion et la miséricorde sont des mots qui viennent de Dieu et des humains qui se respectent. La rahma passe par le bas de l’échelle. Il n’y a pas un être vivant qui ne mérite pas le respect pour tout ce qu’il nous apporte.
- Mes parents (Allah y رحمهم) savaient lire et écrire, tout comme leurs propres parents. On reconnaît un pays à la manière dont il traite ses animaux.
- Majesté, je m’adresse aussi au Prince Héritier que j’admire pour sa classe, sa retenue et son regard sincère. Il me fait penser à notre roi bien-aimé Hassan II (Allah y رحمة), un roi unique qui nous manque. Je ne cherche à flatter personne : je suis sur Terre et je n’accepterai jamais les injustices. Nous avons tous un rôle à jouer, quel qu’il soit, et nous devons nous respecter pour que le monde devienne meilleur.
- Je souhaite que Votre Majesté se porte au mieux. J’ai souvent peur pour Vous. Je suis fière d’être marocaine, mais pas de ce qui se passe dans ce domaine, ni de ce que certains en font.
- Nous estimons que près de 300 000 chiens sont tués chaque année, Votre Majesté. Pourquoi ? Ici, en Europe, on les stérilise. Pourquoi, au pays des Chorafa, où les gens prient, accepte-t-on l’inacceptable à côté de cela ?
- Je Vous en prie et Vous supplie de poser Votre regard sur eux et de Vous élever contre cette horreur, que l’Europe voit et qui la choque. Ne laissez pas ternir notre pays par des hommes qui agissent sans scrupules et qui devront rendre des comptes à Dieu.
- Avec mon plus grand respect, ma tristesse, et tout l’amour que je porte à mon pays et à mes Souverains. Nul n’est parfait, mais la cruauté n’apportera jamais l’amour dont nous avons tant besoin.
- Signé : Bakkali Farah