14 avril 2026

Par Lhoucine BENLAIL , vice-président de Diplomaticnews

Depuis plus de quarante jours, le Moyen-Orient est en proie aux flammes de l’axe Washington-Tel Aviv. Mais derrière ce vacarme sanglant se cache une stratégie archaïque, empreinte d’arrogance : la conviction que décapiter un État suffit à briser son âme. Ceux qui rêvent d’assassiner le Guide suprême Ali Khamenei ne se rendent pas compte qu’ils tendent un piège qui se resserrera d’abord autour de leur propre cou, d’autant plus que l’Iran n’attend plus le coup, mais a pris l’initiative.

Premièrement : L’Occident, de « gendarme du monde » à « pompier »

L’époque où l’Occident se présentait comme le garant de la stabilité est révolue. De Bagdad à Tripoli, l’expérience de la « libération par l’assassinat » s’est révélée être un moyen de perpétuer le chaos, et non d’y mettre fin. Quelle crédibilité reste-t-il aux défenseurs du droit international lorsqu’ils transforment les crimes d’État en doctrine diplomatique ? Le monde est las de la « paix américaine » écrite dans le sang des autres. Chaque missile lancé aujourd’hui n’est pas un signe de force, mais plutôt une déclaration de faillite historique qui précipite le retrait de l’Occident de la scène internationale.

Deuxièmement : La clé est entre les mains de Téhéran… du détroit de Bab el-Mandeb au trône du pétrodollar. L’erreur fatale des calculs de Washington et de Tel-Aviv réside dans leur mépris de la nouvelle réalité sur le terrain. L’Iran n’est plus une puissance régionale assiégée ; il détient désormais les clés de l’économie mondiale. Aujourd’hui, Téhéran contrôle de facto le détroit de Bab el-Mandeb, décidant qui peut et ne peut pas emprunter cette artère vitale du commerce international. Son influence ne se limite plus aux détroits ; L’Iran détient désormais les rênes des décisions stratégiques pour tous les États du Golfe, qui ont compris que leur sécurité pétrolière est liée à une entente avec Téhéran, et non à une confrontation.

Plus inquiétant encore : l’Iran a pris la tête de la rébellion contre l’hégémonie du dollar.

Empêcher l’achat et la vente de pétrole en dollars n’est plus un slogan, mais une politique mise en œuvre et qui étend ses alliances. Contrôler les détroits, les prix de l’énergie et la monnaie dans laquelle elle est vendue, c’est contrôler non seulement la région, mais l’économie mondiale.

Troisièmement : le Maroc, de médiateur à base arrière.

La transformation la plus dangereuse s’opère sur les rives de la Méditerranée. Le Maroc, qui a historiquement joué le rôle de médiateur, se transforme désormais en base arrière pour les intérêts israéliens. L’ouverture militaire et sécuritaire totale à Tel-Aviv n’est pas une manœuvre tactique, mais un enchevêtrement stratégique. Rabat ne se contente donc pas de jouer avec le feu, mais s’intègre également à l’encerclement qui menace la stabilité de tout le Maghreb, à l’heure où l’équilibre des pouvoirs se déplace vers l’Est. Devenir un pion contre ses propres frères sur l’échiquier d’autrui est un pari perdu d’avance. L’histoire ne pardonne pas à ceux qui font de leur patrie un tremplin pour des ambitions impériales.

Quatrièmement : Le Karbala qu’ils ne comprennent pas

C’est là que réside le grand péché : l’ignorance totale de la structure psychologique et idéologique de l’Iran. Dans la conscience chiite, la mort du guide n’est pas une défaite, mais un triomphe. L’assassinat du Guide suprême ne tue pas un homme, mais ressuscite l’Imam Hussein(ع) . On n’élimine pas un opposant politique ; on crée un symbole sacré et on injecte dans les veines d’un État qui détient déjà les clés de l’énergie et des voies navigables stratégiques le carburant le plus dangereux pour sa survie : le martyre. Le résultat ne sera pas un soulèvement interne, mais un bloc national solide, libéré de toute peur de la mort, prêt à affronter une menace existentielle globale et disposant des moyens d’asphyxier économiquement le monde.

Trois questions pour les bellicistes amateurs :

Combien de « victoires » par l’assassinat vous faudra-t-il pour comprendre que vous ne faites qu’engendrer des monstres plus puissants ?**

* **Maroc, pays arabes alliés : pensez-vous vraiment que les murs de vos palais vous protégeront quand le souffle de l’explosion que vous alimentez reviendra vers vous ?**

* **L’Occident est-il prêt à assumer le chaos mondial qui naîtra le jour où il aura transformé son dernier adversaire en martyr éternel ?**

Conclusion : La fin des aventuriers


La vérité est là, nue : l’Iran n’est pas un individu, c’est une architecture politique et une civilisation de résistance. Miser sur la disparition d’un homme pour effacer une nation est une erreur de débutant doublée d’un crime contre la paix.

Messieurs les aventuriers de la guerre, votre arrogance vous aveugle. En cherchant à éteindre la flamme iranienne par la force, vous êtes en train d’embraser votre propre demeure. Le monde n’attend pas votre « solution finale » géopolitique, il attend que vous sortiez enfin de votre délire de toute-puissance.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *