
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice
Le cynisme a un visage. Et il sourit sous les projecteurs de la FIFA.
Alors que des dizaines de jeunes Marocains se noyaient ou disparaissaient dans les eaux de Ceuta, que des familles attendaient encore des condoléances qui ne sont jamais venues, le Maroc continue de négocier avec la FIFA le privilège d’accueillir la finale de la Coupe du monde 2030. Pendant ce temps, des partis politiques espagnols – de gauche comme de droite – demandent clairement et brutalement l’exclusion pure et simple du Royaume de l’organisation du tournoi.
Sumar (parti de la coalition gouvernementale de Pedro Sánchez), Podemos et Vox ont déposé des motions au Parlement espagnol. Ils accusent le Maroc d’avoir instrumentalisé la misère de sa propre jeunesse pour exercer une pression géopolitique. Ils parlent de « dictature », de « partenaire déloyal », d’« attaque contre la souveraineté espagnole ». Ils refusent que le Maroc obtienne le prestige, les bénéfices économiques et la légitimité internationale d’un Mondial pendant que le sang des migrants n’est pas encore sec.
Et pendant ce temps, que fait Rabat ?
Il négocie.
Il courtise Gianni Infantino.
Il pousse pour que la finale se joue au futur stade Hassan II de Casablanca plutôt qu’au Bernabéu.
Pire encore : au moment même où la crise de Ceuta éclatait à quelques kilomètres, Gianni Infantino était présent aux célébrations du 27e anniversaire du règne de Mohammed VI, à M’diq. Il a salué le roi, s’est dit « honoré » d’être là, a affirmé se sentir « chez lui » au Maroc et a vanté un Mondial 2030 qui sera « le plus beau de l’histoire ».
Pas besoin d’être grand clerc pour sentir que quelque chose cloche. La proximité ostentatoire, les déclarations dithyrambiques en pleine tragédie humanitaire, les négociations en coulisses pour la finale… ça sent la corruption à des kilomètres.
Comment ose-t-on ?
Comment un pays peut-il, d’un côté, laisser (ou encourager) des milliers de ses jeunes risquer la mort, minimiser les bilans officiels, rester silencieux face aux familles endeuillées… et de l’autre, dérouler le tapis rouge au président de la FIFA pendant que les corps flottent encore ?
Le football doit-il servir à blanchir les responsabilités ?
Le Mondial 2030 doit-il devenir un outil de légitimation pendant que la jeunesse marocaine continue de mourir en mer ?
Les règles de la FIFA rendent une exclusion unilatérale par l’Espagne quasiment impossible. Mais la question n’est plus technique. Elle est morale et politique.
Qui mérite vraiment d’organiser la Coupe du monde ?
Un pays qui protège sa jeunesse… ou un pays qui la sacrifie, courtise le président de la FIFA en pleine crise, et négocie la finale comme si de rien n’était ?
Le silence du Makhzen sur les morts de Ceuta, les vacances de luxe pendant la crise, la présence d’Infantino aux célébrations royales à quelques kilomètres du drame… tout cela revient maintenant comme un boomerang. L’Espagne, de l’extrême gauche à l’extrême droite, dit non.
Et le monde entier regarde.
Jusqu’à quand le prestige sportif pourra-t-il masquer la réalité d’un pouvoir qui traite sa jeunesse comme une variable d’ajustement diplomatique ?
La réponse, cette fois, ne viendra peut-être pas seulement de Rabat. Elle pourrait venir de la FIFA… ou de la rue.