30 août 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe.

MÉFIEZ-VOUS.

Quand le chef du gouvernement du Royaume du Maroc porte le même nom que les holdings qui raflent les plus gros contrats publics, quand sa famille et son empire Akwa restent solidement ancrés dans le pétrole, le gaz, l’énergie et désormais l’eau, parler d’« absence de conflit d’intérêts » relève d’une naïveté de bac à sable. D’une candeur dangereuse. D’une complicité passive avec le système.

Aziz Akhannouch n’est pas un simple technocrate.

C’est un homme d’affaires milliardaire – fortune estimée autour de 1,6 à 1,7 milliard de dollars – qui dirige l’État tout en voyant ses sociétés emporter des marchés stratégiques. Station de dessalement de Casablanca, l’une des plus grandes d’Afrique : consortium incluant ses entreprises, investissement de plusieurs milliards de dirhams. Contrat de fourniture de carburant à l’ONEE : près de 2,44 milliards de dirhams pour son groupe. Et Benkirane, ancien chef du gouvernement, de crier au scandale : 260 milliards de centimes (2,6 milliards de dirhams) qu’Akhannouch aurait voulu s’accaparer « sans droit », en lien avec ce même projet de dessalement. « Il doit aller au tribunal… son destin est le tribunal ou la prison », a-t-il promis.

Qui contrôle les appels d’offres ? Qui préside les commissions d’investissement ? Qui fixe les règles pendant que ses propres sociétés soumissionnent – et gagnent?

La transparence proclamée ne suffit pas. Quand le décideur public et le bénéficiaire privé partagent le même nom de famille et les mêmes comptes, le conflit n’est plus une hypothèse : il est structurel.

Et pour couronner le tout : son ami, son allié politique, Abdellatif Ouahbi,

occupe le ministère de la Justice. Le même parti (RNI). La même majorité. La même logique de pouvoir. Qui va enquêter sérieusement ? Qui va ouvrir un dossier ? Qui osera toucher aux intérêts d’un Premier ministre dont les holdings prospèrent sous son propre mandat ? La justice indépendante devient un slogan creux lorsque le ministre de la Justice et le chef de l’exécutif partagent les mêmes réseaux, les mêmes intérêts de camp.

Rappelez-vous les amendes du Conseil de la concurrence : près de 1,8 milliard de dirhams infligés à des distributeurs de carburants, dont des acteurs liés au secteur où Akhannouch domine. Rappelez-vous les milliards déversés dans les importations de bétail – 13 milliards et plus selon certaines estimations – sans que les prix baissent vraiment pour les Marocains, tandis que des « amis » en auraient profité. Rappelez-vous les 17 milliards de dirhams de profits jugés excessifs sur les carburants après la libéralisation. Chaque fois, les mêmes questions. Chaque fois, les mêmes silences ou les mêmes justifications.

Est-ce normal qu’un chef de gouvernement puisse à la fois gouverner et enrichir son empire familial sur le dos des marchés publics ? Est-ce acceptable que l’eau, l’énergie, les denrées de base passent par des circuits où l’intérêt privé et l’intérêt public se confondent ? Est-ce rassurant de savoir que le verrou judiciaire est entre les mains d’un proche politique ?

Non. Ce n’est ni normal, ni acceptable, ni rassurant. C’est un système qui s’auto-protège. Un système où la fortune privée et le pouvoir d’État se nourrissent mutuellement. Un système qui demande aux citoyens de croire aux déclarations de « transparence totale » pendant que les contrats s’empilent et que les critiques sont balayées d’un revers de main.

Les élections approchent. Les discours se multiplient. Les promesses aussi. Mais les faits restent : holdings au nom du Premier ministre et de sa famille, contrats publics colossaux, allié à la Justice.

Méfiez-vous.
Méfiez-vous de ceux qui vous demandent de fermer les yeux.
Méfiez-vous de ceux qui confondent volontairement l’État et leurs intérêts.
Méfiez-vous, car demain, ce ne seront plus seulement des milliards de dirhams qui seront en jeu – ce sera la confiance même dans les institutions.

Le peuple marocain mérite mieux qu’une naïveté organisée. Il mérite des réponses. Des comptes. Et une séparation claire, réelle, effective entre le pouvoir et l’argent.

Jusqu’à preuve du contraire, la vigilance n’est pas un choix. C’est une nécessité.

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