
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net
Sous couvert d’une propagande humaniste orchestrée par le pouvoir, le projet de loi octroyant la nationalité marocaine aux descendants de la diaspora juive s’apprête à être adopté. Loin d’être un élan de tolérance, ce texte consacre une injustice sociale inouïe : il offre un tapis rouge institutionnel et une impunité juridique à des colons et militaires engagés dans des armées étrangères, pendant que les Marocains d’ici sont spoliés de leurs terres et que les Marocains d’ailleurs (MRE) sont traités avec un mépris d’État souverain.
Lisez la presse nationale marocaine : sur ordre, elle célèbre ce projet de loi comme une avancée humaniste majeure, une victoire de la modernité contre les « obscurantistes ». Pourtant, derrière les violons des Accords d’Abraham, la réalité brute révèle un système qui privilégie l’étranger sur le citoyen, l’occupant sur le spolié, le lobbyiste sur le travailleur.
Spoliés au profit des colons : L’indécence foncière
La première violence de cette politique se joue sur le sol même du Royaume. Depuis plus de soixante-dix ans, des familles marocaines de condition modeste habitent, entretiennent et font vivre des maisons et des terrains agricoles. Ces biens avaient été abandonnés volontairement par leurs anciens propriétaires juifs marocains partis s’installer en Palestine occupée pour participer à l’entreprise coloniale sioniste.Aujourd’hui, par le biais de ce projet de loi et d’un laisser-passer officieux du Makhzen, ces mêmes personnes et leurs descendants reviennent exiger la restitution de ces biens. Sans le moindre égard pour les familles marocaines qui y ont construit leur vie sur plusieurs générations, l’État leur donne carte blanche. Nous assistons à une spoliation interne silencieuse : des citoyens marocains sont expulsés de leurs foyers pour faire de la place à des propriétaires qui ont choisi, de leur propre chef, de rompre tout lien avec leur terre d’origine pour aller occuper celle d’un autre peuple.
Les MRE : Bons pour remplir la caisse, oubliés de la tombe…
Pendant ce temps, comment sont traités les Marocains Résidant à l’Étranger (MRE), ces millions de bras qui soutiennent l’économie nationale à coups de transferts de devises ?L’abandon est total, jusque dans la mort. Aujourd’hui en Europe (notamment en Belgique et en France), les familles de confession musulmane se heurtent à une pénurie dramatique de concessions funéraires et de carrés musulmans pour enterrer leurs défunts selon leurs rites. Que font nos ambassades et nos consulats ? Rien. Alors que des pays comme la Turquie ou l’Iran utilisent leur diplomatie comme un levier de chantage et de négociation bilatérale permanente pour forcer les municipalités européennes à respecter les droits constitutionnels et culturels de leurs diasporas, la diplomatie marocaine brille par sa passivité lâche. Les MRE sont abandonnés à leur sort, privés de dignité jusque dans leur dernier sommeil.
« Et alors quoi !? » : Le cynisme de la caste ministérielle
Le mépris du pouvoir a trouvé son illustration parfaite dans la bouche d’un ministre de la République. S’adressant à des enfants de MRE revenus au pays pour investir leur épargne, leur énergie et leur vie — un choix qui demande un courage immense, des sacrifices familiaux et une foi inébranlable en leur patrie —, ce technocrate arrogant leur a lancé un méprisant : « Et alors quoi !? ».« Et alors quoi !? » à des enfants dont les parents ont été contraints de s’exiler, de s’user la santé dans les mines, les chantiers et les usines d’Europe pour envoyer de quoi faire vivre des villages entiers au Maroc.« Et alors quoi !? » à ceux qui tentent de bâtir l’avenir du pays.Quelle différence de traitement avec la diaspora israélienne ! Pour cette dernière, aucun ministre n’oserait poser de questions indiscrètes. On leur érige des directions ministérielles sur mesure (Article 11), on crée pour eux une « instance nationale indépendante » (Article 12) dotée de fonds publics, et on leur déroule le tapis rouge sans exiger d’eux le moindre investissement productif, si ce n’est leur poids géopolitique.
Le refuge des recherchés de la CPI
Le comble de cette infamie est sécuritaire et éthique. En accordant la nationalité par simple filiation, sans aucune enquête de moralité ni clause d’exclusion pour service militaire dans une armée d’occupation, le Maroc offre un sauf-conduit juridique sans précédent.Un colon extrémiste ou un soldat ayant participé aux massacres de masse et aux destructions à Gaza pourra demain arborer fièrement le passeport vert marocain, bénéficiant de la protection du Souverain, descendant du Prophète Muhammad Salla ALLAHU عalayhi wa آalihi wa Sallam (ص). Et comme la Constitution marocaine interdit l’extradition de ses propres ressortissants, le Royaume va devenir le refuge doré des criminels de guerre visés par des mandats d’arrêt de la Cour Pénale Internationale (CPI) ou poursuivis devant la Cour Internationale de Justice (CIJ). Ils seront des citoyens non seulement à part entière, mais entièrement à part : intouchables, privilégiés et sacralisés par l’appareil d’État.Le peuple marocain, viscéralement attaché à la justice et à la cause palestinienne, assiste, impuissant, à la braderie de sa souveraineté et de son honneur. Le Makhzen a choisi de sacrifier la dignité de ses citoyens et de ses émigrés sur l’autel d’une soumission géopolitique totale. Si la formule populaire dit » « Si tu viens au Maroc, ne t’étonne de rien »,
l’histoire, elle, n’oubliera rien de cette trahison.