
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et Vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice
L’enquête internationale sur l’utilisation du logiciel espion Pegasus par le Maroc reste active, mais elle avance à un rythme frustrant, marqué par des obstacles diplomatiques, des dénis obstinés de Rabat et une coopération internationale inégale. Voici un état des lieux actualisé (au 22 juillet 2026) basé sur les développements récents :
En France
- L’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris en 2021 (après les révélations Forbidden Stories) suit son cours. Des analyses techniques de l’ANSSI et d’Amnesty ont confirmé des infections sur des téléphones de journalistes (Mediapart) et des traces sur des ministres français.
- Auditions ont eu lieu, dont celles des cofondateurs de NSO Group. L’enquête se heurte cependant au manque de coopération d’Israël et du Maroc. Aucune mise en examen majeure n’a encore été prononcée publiquement contre des responsables marocains.
- Les nouvelles révélations du 16 juillet 2026 (témoignage de Safir, documents DGST) devraient alimenter le dossier, notamment sur les cibles françaises (Macron, Lecornu, Parly, etc.).
En Espagne
- La justice espagnole (Audiencia Nacional) a rouvert et avancé ses investigations sur l’espionnage de Pedro Sánchez et de ministres en 2021. Des échanges avec la France via Eurojust ont renforcé la piste marocaine. Des marqueurs techniques communs lient les attaques françaises et espagnoles au client marocain. L’enquête piétine encore sur l’identification précise des opérateurs, mais les soupçons sont forts.
Au Niveau Européen et International
- Le Parlement européen (via l’ancienne commission PEGA) a dénoncé les abus, mais sans sanctions concrètes fortes contre le Maroc.
- Amnesty International, Forbidden Stories et Citizen Lab continuent de fournir des preuves techniques. La nouvelle enquête du 16 juillet renforce le dossier avec des documents internes et le témoignage Safir.
- Interpol et les mandats d’arrêt marocains contre des dissidents (comme Mehdi Hijaouy) compliquent les choses : Rabat instrumentalise la justice pour traquer ceux qui parlent.
Le Problème Central : Le Maroc nie farouchement toute implication depuis 2021, parle de « fausses accusations » et poursuit les médias en justice (procédures souvent rejetées en Europe). Israël protège partiellement NSO pour des raisons de sécurité nationale. Résultat : beaucoup de preuves techniques et testimoniales, mais peu d’actes judiciaires contraignants contre les décideurs marocains.
Questions Alarmantes qui Restent Sans Réponse
- Pourquoi les enquêtes traînent-elles autant alors que les preuves s’accumulent ?
- La France va-t-elle enfin durcir le ton diplomatique ou continuera-t-elle les embrassades avec Rabat pour des contrats ?
- Les lanceurs d’alerte comme Safir/Hijaouy seront-ils protégés ou sacrifiés ?
- Quand l’UE passera-t-elle des déclarations à de vraies sanctions (liste noire, embargo sur les technologies de surveillance) ?
En résumé, l’enquête internationale n’est pas close et gagne même en précision avec les révélations de juillet 2026, mais elle bute sur le mur de l’impunité d’État. C’est typique des affaires Pegasus : scandale médiatique et technique majeur, mais justice timide face aux enjeux géopolitiques (migration, terrorisme, économie).
Le risque est clair : sans avancée rapide et visible, le message envoyé est que les États peuvent espionner alliés et opposants en toute impunité. La démocratie en sort affaiblie. Il faut une accélération judiciaire et diplomatique urgente.