
Lhoucine Benlail vice-président diplomaticnews.net et vice-président de l’association Défense des victimes d’Injustice
Alors que les images insoutenables d’Abderrahim Fakir, ce Marocain de 42 ans installé depuis l’enfance en Italie, circulent partout — un homme suppliant « Aidez-moi, assez ! » pendant de longues minutes sous le poids des policiers italiens avant de se taire à jamais —, le monde continue de tourner. Mais du côté marocain officiel, le mutisme ou les réactions tièdes interrogent profondément.
La police italienne et son syndicat n’ont pas tardé : ils inventent une version qui disculpe les agents, mettent en avant le « comportement agité » de la victime, parlent d’intervention « proportionnée » et se positionnent même en victimes des protestations qui ont suivi. Une stratégie classique pour inverser les rôles et noyer la responsabilité dans un récit qui charge le mort. Pendant ce temps, les vidéos montrent un homme en détresse, écrasé au sol, appelant à l’aide jusqu’à son dernier souffle.
Et chez nous ?
Où sont les défenseurs des personnes vulnérables ? Fakir n’était pas un anonyme sans attaches : il avait construit une petite entreprise, vivait légalement en Italie depuis des décennies. Des questions persistent sur son état de santé (problèmes cardiaques évoqués) et sur la proportionnalité de la force utilisée. Mais silence radio ou communiqués minimalistes du côté des responsables des MRE (Marocains Résidant à l’Étranger).
Nasser Bourita, Ministre des Affaires Étrangères, de la Coopération Africaine et des MRE, est-il au courant ? Son ministère a bien émis un communiqué de « préoccupation » demandant une enquête, et le consulat à Bologne a rendu visite à la famille. Mais où est la fermeté ? Où est la mobilisation visible, la convocation de l’ambassadeur italien, la conférence de presse, la pression réelle ? Pourquoi ce ton diplomatique feutré quand un citoyen marocain meurt dans des conditions qui rappellent les pires affaires de brutalité policière ?
Imaginez un instant l’inverse : si c’était un ressortissant israélien ou d’une nationalité « protégée » qui était mort ainsi, l’ambassade aurait crié au scandale dans l’heure, des ministres auraient parlé de « meurtre », des avions de diplomates auraient atterri à Rome, et la machine médiatique et judiciaire aurait tourné à plein régime.
Ici, on attend. On « suit avec préoccupation ». On laisse le syndicat de police italien réécrire l’histoire et charger la victime. Pendant ce temps, la communauté marocaine en Italie est en colère, les familles des MRE se sentent abandonnées, et l’image du Royaume comme protecteur de ses enfants à l’étranger prend un coup sévère.
Questions qui fâchent :
- Pourquoi l’ambassadeur du Maroc en Italie et les consuls ne sont-ils pas plus visibles et offensifs sur ce dossier ?
- Où sont les associations de défense des droits des MRE et des personnes vulnérables ?
- Combien de drames faut-il encore pour que Rabat adopte une doctrine claire : zéro tolérance pour la violence disproportionnée contre nos citoyens ?
- Le sang d’Abderrahim Fakir vaut-il moins que les équilibres diplomatiques avec Rome ?
Assez de communiqués tièdes. Assez de prudence excessive. Les Marocains du monde ne sont pas des citoyens de seconde zone. La mise à mort d’Abderrahim Fakir exige une réaction à la hauteur : enquête consulaire indépendante, pression diplomatique forte, soutien juridique total à la famille, et un message clair que le Royaume ne laissera pas ses enfants mourir impunément sous les bottes étrangères.
Le silence ou la demi-mesure est une trahison de la dignité nationale.
Réveillez-vous, messieurs les responsables. Le peuple regarde. Et il n’oublie pas.