22 septembre 2026

Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net et vice-président de l’Association Défense des Victimes d’Injustice en Europe

​À New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, s’est fendu d’un discours enflammé pour fustiger les « groupes armés non étatiques », pointant un doigt accusateur vers les milices houthies et l’Iran. Une posture théâtrale qui pose une question fondamentale : jusqu’où la diplomatie marocaine s’enfoncera-t-elle dans le cynisme et le deux poids, deux mesures ?

​Comment peut-on prétendre s’ériger en défenseur du droit international et de la stabilité globale tout en occultant systématiquement les exactions les plus sanglantes de notre époque ? Où étaient les condamnations véhémentes du ministère marocain des Affaires étrangères face aux massacres de masse perpétrés par l’armée israélienne contre les populations civiles en Palestine occupée ? Où était cette rigueur morale lorsque les bombardements de la coalition menée par l’Arabie saoudite endeuillaient le Yémen, plongé dans l’une des pires crises humanitaires de l’histoire moderne ? Et que dire des agressions répétées et des ingérences militaires américaines et israéliennes ciblant la souveraineté de l’Iran ?

​Face à cette rhétorique alignée sur les agendas géopolitiques de Washington et de Tel-Aviv, la réalité du terrain impose une grille de lecture bien différente. Ceux que la diplomatie marocaine qualifie de menaces ne font, dans bien des cas, que répondre à des agressions extérieures. Les forces d’Ansarallah au Yémen ont fait face à des années d’intervention militaire étrangère visant à asphyxier leur peuple. De son côté, l’Iran réagit à des attaques directes, des assassinats ciblés et des provocations incessantes menées sur son propre sol et dans la région par les forces israéliennes et américaines. Parler de légitime défense est ici un constat factuel, tandis que désigner un coupable unique relève de la manipulation politique.

​En adoptant une narrative aussi sélective, la diplomatie représentée par Nasser Bourita perd toute crédibilité d’arbitre ou de voix de la raison. Peut-on encore parler de principes diplomatiques lorsque la grille d’analyse dépend uniquement de l’identité de l’agresseur et de l’allié du moment ?

Pourquoi la violence d’État, lorsqu’elle est commise par des alliés stratégiques, bénéficie-t-elle d’un silence complice, tandis que la résistance de peuples agressés est immédiatement estampillée du sceau du terrorisme ?

​Ce jeu d’alliances aveugles et cette indignation sélective ne font qu’alimenter le chaos régional et discréditer davantage les instances internationales.

Il est temps de briser le silence et d’exiger une diplomatie fondée sur la justice, la vérité et l’impartialité, et non sur le déni des souffrances des peuples opprimés.

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