
Par Lhoucine BENLAIL vice-président de diplomaticnews.net
Tandis que le crépuscule d’un règne se dessine dans les couloirs feutrés de Rabat, l’appareil d’État s’active pour polir l’image d’un héritier dont la légitimité ne repose pour l’instant que sur le sang et le silence. Entre promotion militaire précoce et mise en scène diplomatique, voyage au cœur d’une transition verrouillée, où l’on tente de substituer le prestige d’un nom à l’absence cruelle de vision politique.
Le palais n’aime pas l’incertitude.

Alors que la santé déclinante de Mohammed VI alimente toutes les conjectures, le Makhzen a activé son plan de survie : la « sanctuarisation » de Moulay El Hassan. Il nous présente aujourd’hui un colonel-major à vingt-deux ans, un prodige de la diplomatie capable d’inaugurer des tours de béton avec la gravité d’un vieux sage. Mais derrière ce vernis protocolaire, que reste-t-il de la réalité d’un pays au bord de l’asphyxie sociale ?
L’uniforme pour seul argument
La montée en grade fulgurante du jeune prince au sein des Forces Armées Royales (FAR) n’est pas qu’une affaire de galons ; c’est un aveu de faiblesse. À défaut de pouvoir offrir au peuple un contrat social renouvelé, il lui offre un uniforme. En le propulsant au sommet de la hiérarchie militaire, le système cherche à verrouiller la seule institution capable de garantir sa pérennité. On ne forme pas un chef d’État, on prépare un commandant de garnison pour un royaume qui se militarise à mesure qu’il perd son souffle démocratique.Cette rhétorique de la « continuité » n’est en réalité qu’une apologie de l’immobilisme. Il nous vend la jeunesse du prince comme un atout, alors qu’elle n’est qu’un écran de fumée pour masquer l’influence d’une vieille garde qui refuse de céder le moindre pouce de pouvoir. Moulay El Hassan n’est pas le visage du futur ; il est le masque d’un passé qui s’accroche à ses privilèges.
Une diplomatie de l’apparence
Sur la scène internationale, le scénario est tout aussi rodé. Inaugurations de prestige, poignées de main millimétrées, présence muette mais remarquée : la stratégie de communication royale consiste à saturer l’espace visuel pour mieux éviter le débat de fond. Le futur « Hassan III » est jeté dans l’arène des grands de ce monde comme un produit de luxe dont on vante la rareté sans jamais tester la solidité.Pourtant, le Maroc de 2026 ne peut plus se contenter d’un souverain de papier. Entre les tensions régionales exacerbées et une économie de rente qui ne profite qu’à une oligarchie gravitant autour du palais, l’ombre du Roi devient un refuge bien étroit pour un héritier que l’on protège plus qu’on ne l’instruit des réalités de la rue.Le trône contre la nation ?
La question n’est plus de savoir si Moulay El Hassan est prêt, mais si le Maroc est prêt à subir une nouvelle ère de pouvoir absolu drapé dans la modernité de façade. La route vers le trône est peut-être pavée de bonnes intentions protocolaires, mais elle ignore les nids-de-poule d’une société marocaine qui n’attend plus des miracles, mais des comptes.
En voulant à tout prix préserver la « sacralité » de la fonction, le Palais prend le risque de déconnecter définitivement le futur monarque d’un peuple qui, lui, ne vit pas dans l’ombre, mais sous le soleil brûlant de la précarité. L’histoire retiendra-t-elle de Moulay El Hassan qu’il fut le bâtisseur d’un nouveau Maroc ou simplement le dernier gardien d’un temple dont les fondations vacillent ? Le silence du prince commence déjà à être assourdissant.