28 August 2025

Par : El Farhaui Mohamed

Bruxelles – Le culte musulman de Belgique est plongé dans une crise institutionnelle majeure. Depuis le 26 juin 2025, il ne dispose plus d’un organe officiel reconnu par l’État pour représenter ses fidèles et gérer les affaires religieuses.

Le Conseil des Musulmans de Belgique (CMB), créé pour être l’unique interlocuteur des autorités, a vu son mandat prendre fin. C’est la première fois depuis sa création que le culte musulman se retrouve sans structure légale et opérationnelle.

Un scrutin contesté et un vide institutionnel
La crise trouve son origine dans le scrutin du 31 mai 2025, censé renouveler la composition du CMB. Très vite, des voix se sont élevées pour dénoncer de graves irrégularités : manque de transparence, absence de représentativité réelle et soupçons de favoritisme. Plusieurs fédérations de mosquées et acteurs de terrain ont parlé d’un processus électoral « verrouillé » et « manipulé », incapable de refléter la diversité et la vitalité du culte musulman en Belgique.

Face à l’ampleur de ces contestations, les autorités ont refusé de valider l’élection, plongeant l’organe représentatif dans une impasse inédite. Pour éviter un vide total, la ministre de la Justice a prolongé d’un an le mandat du CMB sortant. Une décision qui, loin d’apaiser les tensions, les a ravivées. « On maintient un organe contesté, sans légitimité démocratique et sans vision claire », s’indigne un responsable associatif bruxellois.

Des conséquences directes sur le terrain
L’absence d’une représentation officielle ne se limite pas à un problème institutionnel : elle affecte concrètement la vie des mosquées et des fidèles.

Reconnaissance des mosquées : plusieurs dizaines de dossiers sont bloqués, faute d’interlocuteur central.
Financement et subsides : les aides publiques sont suspendues, faute d’organe habilité à les gérer.
Formation des imams : aucun cadre n’existe pour avancer sur ce dossier prioritaire.
Un modèle à bout de souffle
Cette crise met crûment en lumière les failles du modèle du CMB, en place depuis la fin des années 1990. Déficit démocratique, gestion opaque et soupçons d’ingérences étrangères sont régulièrement pointés du doigt. Beaucoup appellent désormais à tourner la page et à refonder le système.

Parmi les pistes évoquées figurent :

l’organisation d’élections réellement transparentes et inclusives,
la mise en place d’une gouvernance moderne et représentative,
la création d’un Conseil des Sages, garant de la continuité morale et spirituelle.
Le gouvernement fédéral, conscient de l’urgence, devrait rouvrir ce dossier dès la rentrée. Mais le temps presse : chaque mois qui passe accentue le vide institutionnel, fragilise la confiance des fidèles et met en péril la sécurité juridique du culte musulman. Paradoxalement, un culte reconnu par l’État se retrouve aujourd’hui sans voix officielle.

El Farhaui Mohamed
(Acteur associatif et observateur du culte musulman en Belgique)

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